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Réinventer la consigne pour inciter les Français à trier leurs déchets

L'objectif de Majurca est de fournir des déchets qui seront facilement valorisables.

L'objectif de Majurca est de fournir des déchets qui seront facilement valorisables. - Pix 24- CC

En échange d'une bouteille en plastique ou encore de vieux journaux, Tri-intel propose des bons d'achats. Pour lancer la phase de production de ces machines de collecte intelligentes, l'entreprise Majurca cherche à lever 300.000 euros.

Faute d'être triés, trop de déchets recyclables finissent dans des incinérateurs ou des décharges. La société Majurca veut participer à la réduction de ce gâchis en remettant au goût du jour le principe de la consigne, abandonnée en France dans les années 80.

Après quatre années d'études et de tests et 500.000 euros d'investis, la machine de tri sélectif Tri-Intel est prête pour la commercialisation. Il lui faut maintenant réunir 300.000 euros via une campagne de crowdfunding lancée sur Tudigo pour lancer sa fabrication. Un timing qui tombe à pic, puisque le gouvernement a émis l'idée la semaine dernière d'instaurer la consigne pour les bouteilles en plastique.

"Nous ne voulons pas nous substituer au système de collecte de porte à porte, mais plutôt le compléter grâce à notre système qui permet d'obtenir des balles de matières recyclables déjà triées. Elles peuvent être récupérées telles quelles par les professionnels du recyclage et donc plus facilement valorisables, met en avant Jacques Letienne, fondateur de Majurca.

Un système de reconnaissance des déchets

Tri-Intel se présente sous la forme de modules, dédiés, chacun à une catégorie de déchets: rouge pour les métaux, jaune pour le plastique (avec une distinction pour les plastiques PET clairs, les PET colorés et le PEHD) bleu pour les papiers (en distinguant les briques, les emballages cartons et les papiers). Le module central abrite le système de compactage, qui coulisse sur des rails pour former des balles. Quant au plastique, il est transformé en granules.

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L'atout de cette machine: un système de visionnage lui permet de reconnaître les déchets qu'on lui présente et d'ouvrir la trappe où il doit être déposé. Cela permet d'être sûr à 100% de la qualité du tri. Pour les briques et les cartons d'emballage, il faut présenter le code barre pour s'assurer de la nature du déchet. Tri-Intel pèse chaque élément qui lui est remis, cela permet d'évaluer le montant du bonus reversé aux consommateurs vertueux.

"Si la machine est implantée sur un parking de supermarché, il suffira par exemple de présenter sa carte de client pour être identifié et recevoir des bons d'achats", précise Jacques Letienne. Si c'est une collectivité qui a fait le choix d'installer Tri-Intel dans une déchetterie, elle pourrait alors créer sa propre carte et reverser une partie des sommes en fonction du cours des matières premières.

Bientôt une version solaire

Conçue pour être placée à l'extérieur, Tri-Intel occupe une surface équivalente à deux places de parking. Elle n'a besoin que d'un raccordement électrique pour fonctionner, en attendant une prochaine version fonctionnant grâce à des panneaux solaires. "Pour augmenter les ressources, ou compenser les éventuelles baisses des cours des matières recyclables, il est aussi possible de mettre de publicités sur les côtés de la machine", fait valoir Jacques Letienne.

Une première machine a déjà été réalisée sur le Campus de Saint-Étienne (Loire), et la société attend de voir l'issue du crowdfunding pour lancer la fabrication. Déjà trois collectivités ont montré leur intérêt pour Tri-Intel. Majurca compte en mettre quinze en service avant la fin de l'année et une quarantaine d'ici la fin 2019. Mais ces chiffres pourraient être revus à la hausse, si la volonté du gouvernement de relancer la consigne se concrétise.

Coralie Cathelinais