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Réacteurs de Flamanville, ou l'histoire d'un redémarrage (contesté)... et sans cesse repoussé

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- - CHARLY TRIBALLEAU / AFP

EDF a annoncé mardi avoir pris la décision de reporter une nouvelle fois le redémarrage de ses deux réacteurs de Flamanville (Manche). Et ce, alors que la centrale nucléaire cumule les déboires.

L'histoire se répète. Inlassablement… Le réacteur 1, arrêté en septembre en raison de problèmes de corrosion et le réacteur 2, en maintenance depuis janvier 2019, devaient respectivement reprendre du service le 31 janvier et le 29 février derniers. Et puis non. EDF vient d'annoncer que ses deux réacteurs de Flamanville seront indisponibles jusqu'au 31 mai 2020.

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"Microfissures"

En cause, a depuis annoncé le géant de l'énergie, la nécessité de remplacer le moteur de la turbine à combustion qui alimente en électricité les systèmes de secours des réacteurs.

Des "microfissures" y ont en effet été détectées, détaillait un communiqué d'EDF le 24 février. Précisant qu'un incident classé au niveau 1 sur l'échelle internationale des incidents nucléaires Ines, graduée de 0 à 7 avait été détecté.

Interrogé mardi par l'AFP, EDF a assuré qu'il n'y avait pas de "lien particulier" entre cet incident et le retard. Ces reports sont liés à "des mises en conformités dans le cadre de recontrôles" qui font partie du "plan de rigueur" lancé par la centrale lorsqu'elle a été placée sous surveillance renforcée par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en septembre, assure EDF.

Situation "très préoccupante"

Le réseau "Sortir du nucléaire" dénonce pour sa part dans un communiqué un "délabrement des équipements" à Flamanville. En décembre, l'Institut de sûreté nucléaire (IRSN), bras technique de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), estimait que la situation de la centrale de Flamanville se révélait "très préoccupante" étant donné les "écarts majeurs sur différents équipements classés de sûreté" et que les deux réacteurs ne pouvaient être redémarrés en l'état.

Dans un compte-rendu à l'ASN, l'IRSN y relevait de "nombreux écarts au niveau des matériels classés de sûreté", avec une "corrosion" parfois "avancée" en plusieurs endroits dans les stations de pompage (qui servent au refroidissement).

L'Institut y évoque également "une fuite" sur des circuits de la troisième barrière de confinement. En outre l'IRSN "considère anormale que les différents processus afférant à la sûreté (...) n'aient pas permis de prévenir la dégradation d'équipements importants pour la sûreté".

L'Institut estimait toutefois que "la mise sous surveillance renforcée par l'ASN et le plan d'action d'EDF sont de nature à améliorer la situation observée depuis plusieurs années sur le site".

En 2019, la centrale de Flamanville a connu 7 incidents de niveau 1, 5 en 2018.

Comme si ces déconvenues ne suffisaient pas, à côté des réacteurs 1 et 2 de Flamanville, EDF construit son fameux EPR, dont le chantier – ouvert en 2007 – n'a toujours pas été achevé.

JCH avec AFP