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Le Brésil lance des enchères historiques pour devenir un futur géant du pétrole

Le gouvernement brésilien lance officiellement les enchères pour l'attribution d'immenses nappes pétrolières au large des côtes. Le montant total récolté pourrait atteindre 370 milliards de dollars sur 30 ans.

Passer du 10ème au 5ème rang mondial en 10 ans, et pourquoi pas intégrer l'Opep? Telle est l'ambition du Brésil, qui lance officiellement le processus de vente aux enchères des nappes "pré-sal" situées au large de Rio et Sao Paulo. Des champs pétrolifères gigantesques, dont les réserves sont estimées à 15 milliards de barils, soit 2 fois plus élevées que celle de la seule Norvège.

En tout point, ce processus de vente se présente comme un événement extraordinaire. Car au-delà des chiffres vertigineux des réserves, c'est aussi la productivité théorique de ces puits qui risque d'attirer les grands pétroliers du monde, estimée à 60.000 barils par jour, contre une quinzaine tout au plus pour les champs du Golfe du Mexique par exemple.

Course aux royalties

Mais pour cela, le travail promet d'être long et complexe. Ces fameux champs de "pré-sal" sont situés à des milliers de mètre de profondeur sous la mer, et se cachent loin sous une épaisse croûte de sel sédimenté. Les pétroliers et parapétroliers savent faire, mais cela nécessite de coûteux investissements et un long travail de forage et de raccordement. Des décisions qui doivent être prises à la lumière des bénéfices escomptés.

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C'est aussi par le processus de vente en lui-même que cette opération s'annonce historique. En effet, les vainqueurs ne seront pas ceux qui auront payé leur bloc le plus cher, chacun d'entre eux étant cédés à un prix fixe. En revanche, les grands gagnants seront ceux qui se seront engagés à verser les royalties les plus élevées à l'Etat brésilien chaque année, pour avoir le droit d'exploiter le gisement.

BP et Total grands absents

Un processus qui nécessite une mise en consortium de chaque concurrent, qui ne pourra avoir qu'une part minoritaire, et donc un engagement dans la durée à verser des droits qui peuvent s'avérer colossaux sur le long terme, et possiblement soumis à des aléas politiques. C'est pour cela, entre autres, que Total et BP ont décidé de renoncer à participer au processus d'enchères, devant l'impossibilité de prendre véritablement le contrôle des opérations sur leur lot.

Mais beaucoup d'autres pétroliers seront tentés de faire cette concession, de manière à avoir leur part du gâteau. Le mieux placé sera sans doute Petrobras, la compagnie nationale brésilienne, qui bénéficie à la fois de droits d'entrée prioritaires sur ces enchères, et d'une expertise technique sans égale sur ces champs profonds.

Le Brésil bientôt à l'Opep?

Les autorités brésiliennes estiment pourvoir retirer de l'attribution des lots et des engagements en royalties près de 370 milliards de dollars sur les 30 prochaines années. En passant du 10 ème au 5ème rang mondial des pays producteurs, le Brésil veut devenir un supergéant du pétrole, et son ambition est même d'intégrer à terme le cartel de l'Opep.

Mais le but est également de se servir de cette manne pour refinancer l'économie du pays. Avec un peu plus de 12% de chômeurs, une croissance quasi-nulle, une monnaie faible et un déficit qui a atteint cet été les 80% du PIB, le Brésil pourra sans doute trouver dans ces nouvelles ressources de quoi soigner quelque peu son inquiétante santé financière.