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Areva: la Cour des comptes accable Anne Lauvergeon

Anne Lauvergeon est la source de tous les maux actuels d'Areva, laisse entendre le pré-rapport de la Cour des comptes.

Anne Lauvergeon est la source de tous les maux actuels d'Areva, laisse entendre le pré-rapport de la Cour des comptes. - -

La Cour des comptes fustige la stratégie et les décisions prises par l'ex-patronne d'Areva lorsqu'elle était à la tête du fleuron français du nucléaire, dans un pré-rapport dévoilé par la presse ce mardi 13 juin.

Un rapport accablant. La Cour des comptes dresse un bilan désastreux du mandat d'Anne Lauvergeon à la présidence d'Areva, groupe phare de la filière nucléaire française, pendant les années 2006-2011, dans un pré-rapport dont Les Echos publie de larges extraits, mardi 13 mai.

Le document dénonce notamment "un certain nombre de difficultés du groupe dans la période antérieure à 2012, proviennent avant tout de la forte personnalité de la présidente du directoire".

Anne Lauvergeon doit tout endosser: une stratégie générale qualifiée de "fuite en avant", la rémunération des dirigeants, la commercialisation du réacteur EPR et l'affaire Uramin, liste le pré-rapport.

Les magistrats estiment ainsi que le "modèle intégré" défendu par celle que l'on surnommait "Atomic Anne", de l'extraction de l'uranium au retraitement des déchets en passant par la conception et la construction des réacteurs, "n'est pas définitivement convaincant".

Uramin: des fautes individuelles

En 2007, Areva a en revanche acheté "de façon imprudente et à un prix très élevé" la société minière canadienne Uramin, qui détenait des droits sur trois gisements africains d'uranium, dont la valeur s'est avérée faible quatre ans plus tard.

La Cour reproche à celle dont les rapports tendus avec le PDG d'EDF Henri Proglio ont défrayé la chronique d'avoir décidé d'investir "dans la hâte" sans tenir compte de la chute du cours de l'uranium. Selon l'institution, cette affaire, "dont les tribunaux ont encore à connaître", fait apparaître "des fautes individuelles".

Globalement, la Cour des comptes juge le bilan financier des grands projets d'Areva, dont l'Etat français détient directement ou indirectement près de 87% du capital, "peu satisfaisant".

La Cour étend d'ailleurs ses critiques à la structure du groupe –basée sur un directoire et un conseil de surveillance- jugée responsable de choix aujourd'hui critiqués, et préconise une organisation avec un conseil d'administration. "Dans le schéma actuel de gouvernance, le directoire a pu prendre seul la décision de signer le contrat de l'EPR finlandais OL3, source d'une perte de plus de trois milliards d'euros pour Areva", regrettent les magistrats.

Une rémunération contestable

La Cour estime à ce propos qu'"on ne peut plus croire" à une livraison du réacteur en 2014, comme Areva le promet toujours publiquement après plusieurs reports. La situation est d'autant plus inquiétante que le groupe, qui a accusé en 2013 une troisième perte successive, ne dispose plus d'actifs majeurs à céder, pointe l'institution.

La Cour des comptes épingle enfin la rémunération des membres du conseil de surveillance du groupe sous la présidence Lauvergeon, sur la base de taux de réussite "contestables". "La rémunération de l'ancienne présidente du directoire a connu une progression très rapide au cours de son second mandat".

Or "la découverte tardive de dossiers, dont la mauvaise gestion coûte aujourd'hui très cher au groupe, amène à critiquer une telle progression", estime-t-elle. Les auteurs du rapport épinglent enfin les indemnités de départ d'Anne Lauvergeon, dont le niveau est jugé "excessif".

N.G.