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Après Flamanville, la sûreté des EPR chinois en question

Les défauts de fabrication rencontrés en France existent aussi sur les deux réacteurs de Taishan, au sud-est de la Chine. La décision de l’autorité de sûreté nucléaire pousse la Chine à l’imiter.

Mercredi, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a jugé l’EPR de Flamanville apte à fonctionner. Sa cuve présente des défauts de fabrication supérieurs aux normes qui risquaient d’augmenter les risques de corrosion et d’affaiblir sa solidité. Après un an de tests et plus de 3.000 essais, l’ASN estime que les marges de risques de rupture, bien que réduites, sont suffisantes pour autoriser EDF à démarrer son réacteur fin 2018. L’autorité de sûreté a toutefois assorti sa décision d’une condition importante. Comme BFM Business le révélait lundi, l’ASN impose à EDF de changer le couvercle qui recouvre la cuve d’ici à 2024. Cette décision avait été anticipée par l’électricien au point qu’il a déjà commandé un nouveau couvercle avec les quatre qui seront également construits pour les deux EPR d’Hinkley Point en Grande-Bretagne.

À peine le problème de Flamanville réglé, les regards se tournent vers la Chine. L’industriel CGN construit à Taishan, au sud-est du pays, deux EPR avec EDF. Ces deux cuves ont été fabriquées en France, dans l’usine du Creusot, comme celles de Flamanville. Et présentent manifestement les mêmes défauts de fabrication. "Les mêmes pièces sont concernées et ont été fabriquées avec le même procédé, a expliqué le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet. Mais c’est la responsabilité des Chinois de décider". Depuis deux ans, ils ont été associés à tous les tests et travaux de l’autorité française. Lundi et mardi, les représentants de l’autorité chinoise et de l’industriel CGN étaient à Paris pour suivre les conclusions sur l’EPR de Flamanville. Ils devront décider s’ils imposent aussi les changements des couvercles des EPR de Taishan. Ces deux réacteurs doivent démarrer entre fin 2017 et fin 2018.

Pression sur les autorités chinoises

Ces prochains jours, Areva (qui a forgé les cuves) et EDF rencontreront leurs homologues chinois à Paris pour discuter de ce point précis. À la rentrée, l’ASN présentera de son côté ses résultats à l’autorité de sûreté chinoise. "Depuis le début, ils suivent de près nos expertises et les leurs ont conduit aux mêmes résultats que les nôtres", confiait mercredi un membre de l’IRSN qui a réalisé les essais techniques sur la cuve. "Ils vont désormais faire leurs propres mesures et ce sera à eux de décider, a renchéri le président de l’ASN. Mais s’ils ne veulent pas remplacer leurs couvercles, il faudra le justifier techniquement". Une manière à peine voilée de mettre la pression sur l’autorité de sûreté chinoise.

La Chine a depuis plusieurs années l’ambition de se développer en Europe avec ses propres modèles de réacteurs. Elle a ainsi négocié avec EDF qu’il l’aide à certifier son réacteur "Hualong" auprès des autorités britanniques en échange de son soutien financier au chantier des deux EPR d’Hinkley Point. Si elle veut acquérir une solide réputation dans le nucléaire, elle ne devra pas tergiverser sur la sûreté. D’autant plus si elle ambitionne de vendre des réacteurs chinois en Europe, elle devra montrer patte blanche.

Matthieu Pechberty