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Abondance et prix bas du pétrole forcent Chevron à déprécier ses actifs de 11 milliards de dollars

Le pétrole a effacé la quasi-totalité de ses gains depuis le choc pétrolier

Le pétrole a effacé la quasi-totalité de ses gains depuis le choc pétrolier - AFP

Revoyant en baisse ses prévisions sur le prix des hydrocarbures, du gaz naturel en particulier, le géant californien de l'énergie est contraint de déprécier dans son bilan la valeur de ses actifs de production.

Avec un prix moyen du pétrole aujourd'hui bien loin de ses plus hauts de l'année (64 dollars le baril actuellement contre un pic à 76) du fait d'une offre dopée par le boom des hydrocarbures de schiste, Chevron a sévèrement revu à la baisse la valeur de ses actifs. L'américain pourrait enregistrer une charge de dépréciation qui pourrait atteindre 10 à 11 milliards de dollars.

Le groupe californien attribue principalement la perte de valeur de ses avoirs à la baisse de ses prévisions du prix des hydrocarbures, et en particulier du gaz naturel. Concrètement, Chevron a écoulé sa production à un prix moyen équivalent à 47 dollars le baril au troisième trimestre écoulé, en baisse de 24,2% sur un an, tandis qu'il a vendu son gaz naturel à 0,95 dollar les 1000 pieds cubes, contre 1,80 dollar au troisième trimestre 2018.

Chevron explique par ailleurs qu'à l'heure de forte abondance des énergies fossiles, certains de ses gisements actuels ou futurs (gaz de schiste Appalachia, plateforme Bigfoot...) ne seront pas aussi rentables que prévu. Des projets internationaux non identifiés ont également perdu une bonne partie de leur valeur, a dit le groupe qui n'exclut pas de vendre la plupart de ces actifs.

Le cabinet d'analyses IHS Market explique ainsi que le prix du gaz naturel devrait baisser davantage dans les prochaines années parce que le niveau de l'offre dépasse celui de la demande (ce qui est le cas aux Etats-Unis depuis 2017 selon les chiffres officiels). 

L'offre dépasse la demande

Les tensions commerciales, notamment entre les Etats-Unis et la Chine, les deux premières puissances économiques mondiales, devraient en outre affecter la demande pour les produits pétroliers et pétrochimiques, assurent les experts.

S'y ajoutent l'avènement des véhicules électriques et le durcissement des politiques publiques contre les énergies fossiles afin de réduire les émissions de CO2.

"Nous pensons que la meilleure utilisation de nos capitaux consiste à investir dans nos actifs les plus performants", a souligné le PDG Michael Wirth, cité dans le communiqué, ajoutant que le moment de faire des "choix difficiles" était venu pour assurer des retours sur investissements à long terme aux actionnaires.

Chevron va se concentrer sur un petit nombre de gisements et projets, situés en grande partie au Kazakhstan et dans la région pétrolière du bassin permien dans le sud des Etats-Unis. Il entend y investir 20 milliards de dollars en 2020.

Cette massive dépréciation pourrait être suivie par les concurrents de Chevron, les milieux financiers s'interrogeant sur la rentabilité à long terme des groupes pétroliers sur fond d'offre excédentaire malgré la baisse des quotas de production chez les membres de l'Opep et en Russie. Avant Chevron, le groupe britannique BP avait déjà dû brader en octobre certains de ses actifs américains, ce qui l'a forcé à enregistrer une dépréciation de l'ordre de 2,6 milliards de dollars dans ses comptes.

OC avec AFP