BFM Business

Tapie met la main sur les titres Hersant Média: histoire d'un revirement

Bernard Tapie tente de rachater les quotidiens régionaux du sud à vil prix

Bernard Tapie tente de rachater les quotidiens régionaux du sud à vil prix - -

Alors qu’il comptait se retirer du projet, l’homme d’affaires a relancé son offre conjointe avec la famille Hersant, qui a finalement été acceptée par les banques créancières du groupe de média.

C’est un revirement dans l’affaire de reprise des derniers titres de presse du Groupe Hersant Media (GHM). Bernard Tapie, associé à la famille Hersant, va bien racheter les titres de presses du groupe, selon des informations de presse parue mercredi 19 décembre. Son offre de reprise de 50 millions d’euros aurait finalement réussi à convaincre les banques créancières du groupe. Il met ainsi la main sur les quotidiens régionaux du groupe dans le sud-est (La Provence, Var Matin, Nice Matin, Corse Matin) et en outre-mer.

Pourtant, il y a deux semaines, la situation était plus confuse que jamais. Une offre avait été déposée par Bernard Tapie et la famille Hersant, qui détient actuellement GHM. Elle devait être signée vendredi 7 décembre après-midi. Mais,quelques minutes avant la signature, l'éditeur belge Rossel avait déposé une autre offre, faisant capoter la signature.
Le soir, Bernard Tapie disait jeter l'éponge. Mais dimanche, la famille Hersant lui demandait de revenir. Soit disant en vain, car le sulfureux hommes d'affaires assurait dimanche soir à l'AFP que son retrait était "définitif".

Rachat à vil prix

L'offre Tapie-Hersant ne plaisait sans doute pas aux banques créancières de GHM (Natexis, BNP Paribas, West LB...) à qui l'éditeur doit 210 millions d'euros. En effet, cette offre impliquait d'abandonner les trois quarts de ces créances. Elle n'était que l'ultime manoeuvre menée par la famille Hersant pour reprendre GHM à vil prix, manoeuvres que les banques combattent depuis des mois.

Dès lors, il n'est pas surprenant que BNP Paribas, chef de file des créanciers, ait apporté son soutien à l'offre de Rossel, à la grande fureur de la famille Hersant. L'offre Tapie-Hersant "avait l'accord de 15 des 17 banques du pool représentant plus de 66% des créances", ont affirmé aussi bien le directeur général de GHM que Bernard Tapie.

"On est en Corée du Nord"

Mais l'offre Tapie-Hersant suscitait aussi l'opposition du gouvernement, qui aurait tenté de convaincre François Pinault de déposer une offre rivale.
Le 9 décembre, le controversé entrepreneur avait d'ailleurs donné une lecture politique de son abandon: "je croyais que j'étais encore dans un pays où, quand une société privée négocie son avenir avec une autre société privée, sous le contrôle du tribunal de commerce, l'Etat n'avait pas à intervenir, du moment qu'on ne lui doit pas d'argent et qu'on ne lui en demande pas, a-t-il déclaré à l'AFP. Quand Bercy fait le monde entier pour essayer de trouver, coûte que coûte, un repreneur, parce que celui qui est là ne lui plaît pas, alors on n'est plus dans le pays dans lequel je croyais encore me trouver. On est plus en Corée du Nord qu'en France, surtout quand il s'agit d'une entreprise de presse".

Christian Latouche, principal actionnaire du groupe financier lyonnais Fiducial, réputé très à droite, avait envisagé de faire une offre de reprise globale, mais a finalement renoncé. De même que le fonds américain Open Gate, propriétaire du groupe de presse jeunesse Fleurus. De son côté, le libanais Iskandar Safa, conseillé par Etienne Mougeotte, serait intéressé par les seuls Nice Matin et Corse Matin. De son côté, l'élu socialiste marseillais Jean-Noël Guérini se serait associé à Michel Moulin (fondateur de Paru Vendu) pour reprendre La Provence.

Mais le tribunal de commerce de Paris, qui doit encore approuver lundi 24 décembre l’offre de Bernard Tapie, préférait une offre de reprise globale à une vente par appartements.

Le titre de l'encadré ici

|||Quand Frédéric Mitterrand soutenait la famille Hersant...
En 2011, la famille Hersant tentait de faire accepter aux banques créancières de GHM un projet de reprise qui lui était favorable. Elle avait alors reçu le soutien du gouvernement de l'époque. Précisément, le ministre de la culture Frédéric Mitterrand avait écrit en personne aux banques créancières pour louer les qualités de ce projet, apporter son soutien à ce projet, et suggérer aux banques de le soutenir elles aussi... Mais le projet n'aboutira finalement pas.

Jamal Henni et BFMbusiness.com