BFM Business

Qui est Gilles Pélisson, le nouveau patron de TF1?

Manager reconnu et expérimenté -il a dirigé Accor durant cinq ans- le successeur de Nonce Paolini n'a néanmoins aucune expérience dans la télévision. Mais il a un grand atout: sa proximité avec Martin Bouygues.

Mercredi 17 février, Gilles Pélisson est nommé officiellement PDG de TF1, pour entrer en fonctions vendredi. Mais son arrivée avait été annoncée dès octobre, ce qui lui a permis entre temps de se familiariser avec la maison. Le neveu de Gérard Pélisson, co-fondateur du groupe Accor, succède à Nonce Paolini, patron depuis mai 2007. 

17 années passées au sein du groupe Accor

Depuis qu'il est sorti de l'Essec, ce Lyonnais a alterné les phases où il a travaillé pour le groupe familial (17 années au total), avec celles où il a voulu se forger son propre destin. Comme en 1995, où, après avoir fait ses premières armes chez le leader mondial de l'hôtellerie, il quitte le giron familial pour rejoindre Philippe Bourguignon (croisé chez Accor) pour diriger Eurodisney. Las! Il sera remercié cinq ans plus tard.

Si l'hôtellerie n'a pas de secret pour lui, Gilles Pélisson n'a jamais travaillé dans la télévision. Sa seule expérience dans l'audiovisuel est d'avoir dirigé il y a quinze ans le câblo-opérateur Noos (racheté ensuite par Numericable) durant un peu plus d'une année.

Il connaît néanmoins bien TF1 dans la mesure où, depuis 2009, il siège à son conseil d'administration, où il préside le comité des rémunérations. À ce titre, il intervenait chaque année lors de l'assemblée générale des actionnaires pour justifier des émoluments de Nonce Paolini...

Un règne qui ne pourra durer plus de 8 ans

Malgré son air éternellement juvénile, Gilles Pélisson fêtera ses 59 ans en mai 2016. Les statuts de TF1 limitant l'âge du président à 67 ans, il restera donc au mieux huit années à la tête du groupe (contre neuf ans pour son prédécesseur). "Nous espérions un passage de relais à une génération plus jeune, qui aurait donné un coup de fouet à la chaîne, et lui aurait permis d'affronter la révolution numérique", déplore un salarié, sous couvert d'anonymat. 

Mais plus que l'âge en tant que tel de Gilles Pélisson, ce qui peut surprendre dans le choix de Martin Bouygues, c'est le fait que le nouveau patron de TF1 n'ait plus piloté d'entreprise depuis près de cinq ans. Fin 2010, il a été évincé de son poste de PDG d'Accor lors d'un putsch mené par ses principaux actionnaires. Certes, il n'est pas resté inactif. Pendant un peu moins de deux ans, il a présidé un syndicat professionnel, le Groupement des professions de services. Et depuis fin 2012, il fait valoir son expérience comme conseiller de la banque américaine Jefferies ou comme administrateur (chez Lucien Barrière, Accenture et le groupe hôtelier mauricien Sun Resorts).

Il est vrai que Gilles Pélisson n'avait pas impérativement besoin de rester à la tête d'une entreprise pour maintenir son train de vie: lors de son éviction d'Accor, il a touché le golden parachute auquel il avait droit, soit 5 millions d'euros bruts. L'année suivante, il s'est, qui plus est, exilé à Bruxelles, où il est résident fiscal. Mais, à l'automne, il nous assurait qu'il se réinstallerait dans l'Hexagone avant sa prise de fonctions.

Calife à la place du calife

Le choix de Gilles Pélisson a été effectué par Martin Bouygues, principal actionnaire de la Une. Le PDG du groupe Bouygues l'a préféré aux multiples professionnels de l'audiovisuel disponibles sur le marché. D'abord en interne chez TF1, où la plupart des bras droits de Nonce Paolini rêvaient de devenir calife à la place du calife: Arnaud Bosom (DRH), Philippe Denery (directeur financier), Laurent-Eric Le Lay (patron de la régie), Régis Ravanas (patron de la diversification), ou Laurent Solly (parti chez Facebook). Mais aussi en externe. En particulier, la chasse aux sorcières menée par Vincent Bolloré à Canal Plus a rendu disponibles moult talents reconnus et expérimentés, à commencer par l'ex-directeur général Rodolphe Belmer.

Bref, sur le papier, Gilles Pélisson n'était pas vraiment destiné à diriger TF1, ni le favori pour cela. Pour parer à cette critique, TF1 s'est même sentie obligée, lors de sa nomination, de modifier sa biographie officielle pour y mettre en avant ce qui justifiait ce choix (cf. ci-dessous).

Car en réalité, ce choix tient en un mot: proximité. "Être patron de TF1 est un poste sensible, notamment du point de vue politique. Martin Bouygues répète qu'il doit donc être un homme de confiance qu'il connaît bien", explique un de ses interlocuteurs. Tel était le cas de Patrick Le Lay, puis de Nonce Paolini. Mais aussi de Gilles Pélisson, qui a travaillé pour le groupe Bouygues durant quatre ans et demi, en dirigeant l'activité télécoms. A noter d'ailleurs que c'est Patrick Le Lay qui avait introduit Gilles Pélisson auprès de Martin Bouygues...

NB: article initialement publié le 28 octobre

Les biographies officielles de Gilles Pélisson

Avant sa nomination:

"Diplômé de l’ESSEC et titulaire d’un MBA de Harvard Business School, Gilles Pélisson a débuté sa carrière dans le groupe Accor en 1983, aux États-Unis, puis en Asie-Pacifique et a été notamment coprésident de la chaîne hôtelière Novotel.
Directeur général d’Eurodisney en 1995, puis Président directeur général en 1997, il rejoint en 2000 le groupe Suez, puis en juin 2001, Bouygues Telecom en tant que Directeur général, puis Président directeur général en février 2004.
Il est nommé Directeur général du groupe Accor en janvier 2006 puis Président directeur général jusqu’à décembre 2010".

Lors de sa nomination:

"Agé de 58 ans, diplômé de l’Essec et de la Harvard Business School, Gilles Pélisson a dirigé Eurodisney et Accor, sociétés cotées importantes fournissant des services au grand public, ainsi que Noos et Bouygues Telecom, sociétés exerçant des activités régulées sur des marchés connaissant des évolutions technologies importantes.

Gilles Pélisson a une grande expérience de l’international et a toujours veillé à la qualité des relations sociales. Il connaît bien TF1 dont il est administrateur depuis 2009".

Source: TF1

Jamal Henni