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Pourquoi Vivendi verse 700 millions d'euros à l'américain John Malone

Le groupe Liberty Media accusait Jean-Marie Messier de l'avoir "arnaqué"

Le groupe Liberty Media accusait Jean-Marie Messier de l'avoir "arnaqué" - Lionel Bonaventure AFP

Le groupe dirigé par Vincent Bolloré verse 700 millions d'euros à Liberty Media pour que la société de John Malone retire sa plainte devant la justice américaine.

Après treize ans de procès, Vivendi et Liberty Media font la paix. Les deux groupes ont annoncé vendredi 26 février un accord amiable mettant fin à leur conflit. Précisément, le Français verse 700 millions d'euros à l'Américain pour que celui-ci retire sa plainte.

L'affaire avait démarré en décembre 2001. Vivendi annonce alors le rachat de USA Networks, groupe dirigé par Barry Diller détenant plusieurs chaînes de télévision. Liberty Media, qui était un des principaux actionnaires de USA Networks, est payé en actions Vivendi, et se retrouve avec 3,5% du capital du conglomérat français alors dirigé par Jean-Marie Messier.

Cours en chute libre

Problème: le cours de bourse de Vivendi part vite en chute libre. Le paquet d'actions Vivendi vaut 2,1 milliards d'euros lorsque est annoncé l'accord en décembre 2001. Lorsque l'accord est finalisé en mai 2002, ce paquet ne vaut plus que 1,3 milliard d'euros. Et seulement 666 millions d'euros quand Liberty Media les revend à l'automne 2003.

Furieux, Liberty Media porte alors plainte en 2003 contre Vivendi et Jean-Marie Messier devant un tribunal fédéral de New York pour "fraude, dissimulation et déclarations trompeuses", accusant le Français de l'avoir "arnaqué". Vivendi est accusé d'avoir masqué "la gravité de ses problèmes de liquidité", et "gonflé artificiellement" son cours de bourse à coups de rachats et de déclarations trompeuses.

Il y a trois ans, le tribunal a rendu son verdict: Vivendi est reconnu coupable de "déclarations fausses ou trompeuses", et doit payer 765 millions d'euros de dommages (soit 20,5 euros par action), plus 180 millions d'euros d'intérêts.

À la veille du procès en appel

Notons que cet accord amiable intervient à la veille de l'ouverture du procès en appel. À l'occasion de cet appel, Liberty Media avait revu à la hausse les intérêts réclamés, les portant à 764 millions d'euros. L'accord amiable permet donc à Vivendi de s'en tirer à meilleur compte. Le groupe aujourd'hui dirigé par Vincent Bolloré a même indiqué que cet accord permettrait une reprise de provision de 245 millions d'euros, qui sera soumise à l'impôt sur les bénéfices.

Procédures jumelles

Le procès engagé par Liberty Media était une procédure jumelle de l'action de groupe (class action) engagée contre Vivendi par des investisseurs devant le même tribunal new yorkais. Les deux procédures étaient initialement communes, avant d'être finalement séparées, et de donner lieu à deux procès distincts. Toutefois, une fois que Vivendi a été reconnu coupable une première fois il y a six ans dans la class action, Liberty Media a ensuite utilisé ce verdict pour refaire condamner Vivendi trois ans après.

Le procès en appel de la class action, qui devait être joint à l'appel de Liberty Media, devait s'ouvrir sous peu -à moins que Vivendi ne fasse aussi la paix avec ces plaignants-là. Ces derniers sont a priori affaiblis par l'accord de paix avec Liberty Media, qui les avait largement aidés, notamment en payant leur principal expert, Blaine Nye. Toutefois, ils pourront arguer qu'on ne fait pas un tel chèque si l'on a la conscience tranquille... Devançant cet argument, Vivendi a déclaré: "L'accord avec Liberty Media ne doit pas être entendu comme une acceptation par Vivendi de la validité des griefs soulevés par Liberty Media ou comme la reconnaissance d’une quelconque responsabilité de Vivendi. Au contraire, Vivendi reste convaincu qu’il n’a commis aucune faute".

Jamal Henni