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Pourquoi TF1 rachète le producteur de “Plus Belle La Vie”

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- - Plus belle la vie - France 3

Nonce Paolini accélère dans la dernière ligne droite. Le PDG de TF1, qui part en retraite mi-février, veut apparemment trancher plusieurs problèmes avant de laisser sa place. Il a d'abord procédé au remplacement de Claire Chazal par Anne-Claire Coudray, puis a ensuite annoncé jeudi 29 octobre être entré en négociation exclusive pour prendre "une participation majoritaire" dans le capital de Newen, un des principaux producteurs français: c'est le second producteur de fictions, et le troisième producteur d'émissions de flux. Un rachat qui a plusieurs motivations.

1-Newen cherchait un acquéreur

Fin août, C21 avait révélé que Newen avait confié à BNP Paribas un mandat pour trouver un acquéreur. Puis La lettre de l'Expansion avait évoqué des discussions avec ITV. Selon des sources industrielles, Vivendi aurait aussi été approché il y a quelques mois, mais sans suite.

Créé en 2008, Newen appartient à la holding FLCP (Fabrice Larue Capital Partners). Celle-ci était détenue initialement par les Caisses d'Epargne (35%) et la Financière XVI, société contrôlée par Fabrice Larue (65%). En 2013, les Caisses d'Epargne -devenues BPCE- ont revendu leurs 35% à leur associé pour 2 millions d'euros, valorisant donc l'ensemble à seulement 6 millions d'euros. A l'été 2015, FLCP et Financière XVI ont fusionné.

Selon les Echos, Newen réalise 200 millions d'euros de chiffres d'affaires et emploie 300 personnes. 

2-TF1 est riche

TF1 dispose d'une trésorerie nette de 709 millions d'euros, qui provient essentiellement de la vente d'Eurosport pour 966 millions d'euros. La Une a décidé de reverser une partie de ce trésor de guerre à ses actionnaires (un super dividende de 317 millions d'euros a été versé au printemps), mais s'est aussi mis en chasse d'acquisitions. Elle a étudié diverses pistes, comme Allociné, NRJ ou NextRadioTV (propriétaire de ce site web), et a même été en finale pour racheter les sites internet de CCM Benchmark, finalement repris par Le Figaro pour un montant estimé entre 110 et 130 millions d'euros.

3-Newen produit peu pour TF1

Ce rachat est à marquer d'une pierre blanche, car c'est le plus gros d'un producteur par une chaîne de télévision. De tels rachats sont rares, car la réglementation les limite fortement. 

En effet, des décrets publiés en 1990 -appelés décrets Tasca du nom de la ministre de l'époque- incitent les chaînes à ne pas produire leurs oeuvres en interne, mais à les commander à des producteurs externes. Et ces décrets définissent même précisément l'indépendance entre la chaîne et le producteur: si la chaîne détient plus de 15% du capital du producteur, alors le producteur n'est plus considéré comme indépendant.

En pratique, les obligations de production des chaînes -ou quotas- doivent donc être remplies pour l'essentiel auprès de producteurs indépendants. Ainsi, TF1 est ainsi obligé de commander les trois quarts de ses quotas auprès de producteurs indépendants.

Désormais, Newen ne sera donc plus indépendant de TF1, et donc les programmes de Newen ne pourront plus remplir les quotas de TF1. 

Toutefois, cela ne posera pas un gros problème, car Newen produit très peu pour TF1: quelques rares téléfilms et quelques programmes de flux, comme QI La France passe le test. Newen produit surtout pour France Télévisions, Arte et Canal Plus: les séries Plus Belle La Vie, Braquo, Candice Renoir, Le sang de la vigne, Nina, Versailles, ou les émissions de flux Les Maternelles, L'effet Papillon, Le Magazine de la Santé, Faites Entrer l'Accusé, et le jeu Harry.

La réglementation aboutit donc à la situation paradoxale où TF1 va devenir un des principaux fournisseurs de ses concurrents...

Rappelons que TF1, Canal Plus et M6 militent de longue date pour faire sauter cette règle d'indépendance, mais en vain. Aux Etats-Unis, elle a fini par être supprimée, conduisant à une intégration verticale entre chaînes et producteurs. 

Jamal Henni