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Les mystérieux actionnaires du producteur de Plus belle la vie

L'autodidacte Fabrice Larue doit le début de sa fortune à la revente de la Tribune et de Radio Nostalgie

L'autodidacte Fabrice Larue doit le début de sa fortune à la revente de la Tribune et de Radio Nostalgie - Newen

"La vente de Newen à TF1 pour 300 millions d'euros est un jackpot pour son principal actionnaire Fabrice Larue, mais aussi pour ses discrets associés, dont le groupe de protection sociale Audiens ou une mystérieuse société immatriculée aux Bahamas. "

Tout le monde connaît les séries Plus Belle La Vie, Braquo, Candice Renoir, Le sang de la vigne, Versailles, ou les émissions de flux les Maternelles, l'effet Papillon, le Magazine de la santé, Faites entrer l'accusé.

En revanche, le nom de leur producteur, la société Newen, n'était connu que des initiés. Jusqu'au 29 octobre, jour où TF1 a annoncé avec fracas l'acquisition du troisième producteur audiovisuel du pays.

Jackpot pour les actionnaires

Dans un premier temps, TF1 a racheté 70% du capital (après conversion des options attribuées aux dirigeants). Concernant les 30% restants, la Une a aussi octroyé une promesse d'achat exerçable entre 2018 et 2023, à un prix qui sera fonction des résultats de Newen.

Jeudi 18 février, TF1 a indiqué, à l'occasion de ses résultats, que ce rachat lui coûterait au total 300 millions d'euros (en incluant la reprise de dette), soit 10 fois l'excédent brut d'exploitation de 30 millions d'euros. Selon nos calculs, le montant du rachat valorise le seul capital (hors dette) à environ 200 millions d'euros (après conversion des options attribuées aux dirigeants).

Superbe culbute

Une bonne partie du jackpot va être touché par le président de Newen, Fabrice Larue, qui possédait, en direct ou via sa société personnelle FIFL (et avant conversion des options accordées aux dirigeants), 20,7% de la holding FLCP (Fabrice Larue Capital Partners) qui détient Newen.

Une autre partie ira à trois vieux complices de Fabrice Larue: Tanguy de Franclieu (qui travaille pour lui depuis 2007), Christophe Nobileau et Stéphanie de Bouillé (qui travaillent avec lui depuis 1996). 

Une mystérieuse bahaméenne

Parmi les autres actionnaires, figure Audiens Prévoyance, le groupe de protection sociale du secteur des médias. Ou encore le groupe de luxe EPI, propriétaire de J. M. Weston, Bonpoint et Piper-Heidsieck. Mais aussi Lyford Capital Investments Ltd, une mystérieuse société immatriculée aux Bahamas. Interrogé, Newen a refusé de donner des informations sur cette société. Mais les Bahamas Leaks ont révélé que cette société était dirigée par Frédéric Hottinger et Paul de Pourtales, deux membres de la famille de banquiers suisses Hottinger. 

Le reste du capital est détenu par la fine fleur de l'establishment français des affaires. On retrouve ainsi l'économiste Olivier Pastré, les publicitaires Bruno Kemoun et Eryck Rebbouh, le communicant Laurent Obadia, le patron de Nexity Alain Dinin, ou celui d'Eurazeo Patrick Sayer. Mais aussi Françoise Sampermans, ancienne dirigeante de L'Express, du Point, puis de Marianne, Jean-Louis Riallin, ancien président de la société immobilière Olipar. Ou enfin Christian Schlumberger, le fondateur de la chaîne de magasins de cosmétiques Marie-Jeanne Godard revendue en 1999 à LVMH.

Pas de jackpot pour BPCE

En revanche, un autre actionnaire n'a pas touché de jackpot: il s'agit de BPCE, qui détenait 35% du capital (25% après conversion des options accordées aux dirigeants). En effet, la banque était malheureusement sortie en 2013, soit deux ans avant la vente à TF1, sur une valorisation bien inférieure: 120 millions d'euros (dette incluse). Toutefois, l'excédent brut d'exploitation n'était alors que d'une dizaine de millions d'euros. 

Néanmoins, la banque n'a pas non plus perdu d'argent par rapport à ce qu'elle avait apporté. Au total, BPCE avait investi près de 60 millions d'euros: 9 millions d'euros en capital, plus des prêts (avance en comptes courants et obligations). Lors de sa sortie en 2013, elle a récupéré ses 9 millions en capital, plus 9 millions d'euros de prêts, plus 6 millions d'intérêts. Il reste donc 43 millions d'euros de prêts que Newen lui doit toujours.

Désengagement des médias

BPCE avait hérité de cette participation des Caisses d'Épargne, qui avaient investi dans FLCP en 2007. L'accord initial prévoyait un programme d'investissement de 400 millions d'euros (moitié en capital, moitié en dettes), que les Caisses d'Épargne devaient financer.

Mais, une fois les Caisses d'Épargne apportées à BPCE en 2009, le nouveau patron François Pérol a décidé de se désengager des activités non bancaires, et notamment des actifs dans les médias comme Newen. BPCE est alors revenu sur l'engagement d'investissement pris du temps des Caisses d'Épargne.

Rappelons que Newen a été constitué par le rachat de Telfrance pour près de 100 millions d'euros (2008), Be aware pour 12 millions d'euros (2009), Capa (2010) et 17 juin média (2015).

Interrogés, Newen et BPCE n'ont pas souhaité faire de commentaires, tandis qu'Audiens a répondu ne jamais dévoiler ses investissements, et ne jamais communiquer ses comptes. 

NB: ceci est la version enrichie d'un article initialement publié le 22 décembre 2015

Le capital de Financière XVI* en 2007

Fabrice Larue et FIFL: 40%
CS Finance SAS (gérant Christian Schlumberger): 14,3%
SCPP société civile (gérant Bruno Kemoun): 8,6%
Christophe Nobileau: 8,6%
Alain Dinin: 7,1%
Césaire SAS (président Olivier Pastré): 4,3%
Jean-Louis Riallin: 3,6%
Danièle Riallin: 3,6%
Françoise Sampermans: 2,1%
Financière Beauvau (gérant Tanguy de Franclieu): 2,1%
Seamary société civile (gérant Patrick Sayer): 2,1%
Gilbert Saada: 2,1%
Stéphanie de Bouillé: 0,9%
Laurent Obadia: 0,5%

Source: registre du commerce

*Financière XVI a fusionné avec sa filiale à 100% FLCP mi-2015

Le capital de FLCP en 2015 (avant conversion des options accordées aux dirigeants)

Audiens Prévoyance: 7,4%
Peval (associé gérant Maurice Houdayer): 3%
Européenne de participations industrielles (famille Descours): 2,1%
Christian Schlumberger: 2,1%
Lyford Capital Investments Ltd (Bahamas): 1,4%
Alain Dinin: 1,1%
Jean-Louis Riallin: 1%
Bruno Kemoun: 0,7%
Eryck Rebbouh: 0,7%
Jean-Paul Denfert Rochereau: 0,6%
Françoise Sampermans: 0,3%
Seamary société civile (gérant Patrick Sayer): 0,3%
Gilbert Saada: 0,3%
Christine Gérard: 0,1%
Eric Gérard: 0,1%
Laurent Gérard: 0,1%
Xavier Gérard: 0,1%
Chantal Gérard-Lahalle: 0,1%
Patrick Houel & PGH Consultant: 0,1%
Stéphanie de Bouillé: 0,1% 
Johann Le Cardinal: 0,1%
Autres dont Fabrice Larue, Christophe Nobileau, Tanguy de Franclieu: 78%

Source: registre du commerce

Jamal Henni