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Les acteurs français sont-ils trop payés?

En juin 2008, Dany Boon reçoit l'orde des arts et des lettres des mains de Christine Albanel, alors ministre de la Culture.

En juin 2008, Dany Boon reçoit l'orde des arts et des lettres des mains de Christine Albanel, alors ministre de la Culture. - -

Dans une tribune au vitriol, datée du 28 décembre et parue dans 'Le Monde', un producteur dénonce le modèle économique du cinéma français.

Voilà qui devrait moyennement plaire aux Depardieu, Boon, Elmaleh, etc. La bombe lâchée par le producteur Vincent Maraval, fondateur de Wild Bunch (The artist, La part des anges, Mr Nobody, entre autres) dans Le Monde, le 28 décembre, détonne en plein débat sur la fiscalité française.

Dans une tribune dont on devine qu’elle est le fruit d’un agacement profond, le producteur remet en cause le modèle économique du cinéma hexagonal. Avec un constat global : les acteurs français sont trop payés, et les films sont "trop chers".

Chiffres à l’appui, Vincent Maraval ose la comparaison avec les Etats-Unis, où le "le coût moyen d’un film indépendant tourne autour de trois millions d’euros". En France, il est de 5,4 millions, record mondial. Il ajoute que "ce coût moyen ne baisse jamais, alors qu'il y a toujours plus de films produits, que le marché de la salle stagne, que la vidéo s'écroule et que les audiences du cinéma à la télévision sont en perpétuel déclin face à la télé-réalité et aux séries."

Asterix "fait exploser le ratio entrées/cachet/minute à l'écran"

L’auteur du texte ne manque pas non plus de citer des exemples de cachets d’acteurs français, qui ont de quoi laisser perplexe.

Dany Boon a ainsi "touché 3,5 millions d’euros pour Le plan parfait, dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire !" et "un million pour quelques minutes dans Astérix, film qui fait exploser le ratio entrées/cachet/minute à l'écran..." Et Wild Bunch connaît bien le dernier Astérix, car il en était le distributeur...

Avant d’enchaîner : "Pourquoi, par exemple, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d'euros de recettes monde) pour 226 000 euros et dans Mesrine (22,6 millions d'euros de recettes monde) pour 1,5 million d'euros ? Dix fois moins de recettes, cinq fois plus de salaire, telle est l'économie du cinéma français."

Et les propres chiffres du Centre national du cinéma (CNC) confirment que la rémunération des acteurs, et en particulier des stars, a fortement augmenté ces dernières années (cf. ci-contre)

Le CNC et le ministère de la Culture visés

Mais plus que les acteurs français, ce sont le CNC, et son ministère de tutelle (la Culture, en l’occurrence) qui sont visés par cette tribune au vitriol. Le premier car il ne cesse d’arroser de subventions publiques des films au modèle économique douteux, au nom de l’exception culturelle française. Le second, car il soutient le tout sans faillir. Les films français seraient donc surévalués, grâce ou à cause de la bienveillance de l’Etat.

Et Vincent Mareval de conclure : "limitons à 400 000 euros par acteur - et peut-être un peu plus pour un réalisateur -, assorti d'un intéressement obligatoire sur le succès du film, le montant des cachets qui qualifient un film dans les obligations légales d'investissement des chaînes de télévision. Qu'on laisse à Dany Boon un cachet de 10 millions d'euros, si telle est véritablement sa valeur marchande. Mais alors que ce soit en dehors de ces obligations. Et redonnons ainsi à notre système unique et envié sa vertu en éliminant ses vices."

Le titre de l'encadré ici

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Bonnes feuilles

La tribune de Vincent Maraval recèle de nombreuses informations on ne peut plus instructives. Petit florilège:

>"toute la profession le sait pertinemment, mais tente de garder le secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l'argent".

>"Tous les films français de 2012 dits importants se sont "plantés", perdant des millions d'euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc..."

>"Sur le top 10 des films, un seul est rentable! "

>"Astérix, à 60 millions d'euros, a le même budget qu'un film de Tim Burton. Stars 80 plus cher que The Hangover (Very Bad Trip) ou Ted. Populaire, plus cher que Black Swan ou Le Discours d'un roi ! La responsabilité de cette situation est à chercher dans les cachets qui font de nos talents, inconnus au-delà de nos frontières, les mieux payés du monde."

>"Un acteur français de renom touche pour un film français - au marché limité à nos frontières - des cachets allant de 500 000 à 2 millions d'euros, alors que, dès qu'il tourne dans un film américain, dont le marché est mondial, il se contente de 50 000 à 200 000 euros."

>"Benicio Del Toro, pour le Che, a touché moins que François-Xavier Demaison dans n'importe lequel des films dans lesquels il a joué. Marilou Berry, dans Croisière, touche trois fois plus que Joaquin Phoenix dans le prochain James Gray. Philippe Lioret touche deux fois plus que Steven Soderbergh et sept fois plus que James Gray ou Darren Aronofsky."

>"Le seul scandale, le voilà : les acteurs français sont riches de l'argent public et du système qui protège l'exception culturelle."

Yann Duvert