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La plainte d'une partie de la presse contre Google "ne suffira pas", estime Jean-Marie Cavada

Accusé de bafouer le droit voisin, le moteur de recherche Google est sous le coup d'une plainte que vont déposer certains médias auprès de l'Autorité de la concurrence. Mais pour l'ancien député européen et journaliste, cela ne sera pas suffisant.

Une partie de la presse française entame un nouveau bras de fer contre Google. Collectivement, plusieurs titres vont déposer plainte, par le biais de l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), contre le géant américain auprès de l'Autorité de la concurrence.

En jeu, le fameux "droit voisin" que Google est accusé de bafouer. Ce droit, similaire au droit d'auteur, a été créé au bénéfice des éditeurs de presse par une directive européenne votée en début d'année et appliquée à partir du 24 octobre en France. Il doit permettre aux éditeurs de journaux de négocier avec les géants du numérique (qui captent l'essentiel des recettes publicitaires en ligne) une rémunération, pour la mise en avant et la réutilisation de leurs contenus sur la toile, notamment les extraits d'articles de la presse française que les internautes retrouvent sur Google Actualités. 

Mais Google refuse toute négociation et, pour se mettre en conformité avec la loi française, a imposé de nouvelles règles applicables aux médias. 

300 sites ont déjà accepté les conditions de Google

Concrètement, les sites d'infos doivent accepter que le moteur de recherche utilise gratuitement des extraits de leurs infos dans ses résultats. Sinon, par défaut, leurs informations seront présentées de manière nettement moins visibles dans le moteur de recherche (il n'y aura plus qu'un simple titre et un lien), avec pour conséquence attendue de voir le trafic vers ces sites chuter. Car Google est un énorme pourvoyeur de trafic pour la plupart des journaux français. Et face à cette perspective, 300 des 1000 principaux sites de presse français ont d'ores déjà accepté les nouvelles règles du moteur de recherche selon l'AFP. 

A travers cette plainte et une tribune commune publiée ce jeudi dans différents quotidiens, une partie de la presse française entend dénoncer ce coup de force.

Invité de l'émission "12H, L'Heure H" sur BFM Business ce jeudi, l'ancien député européen et journaliste Jean-Marie Cavada estime que Google est "incontestablement en position dominante". Pour ce dernier, "c'est tout à fait insupportable d'être pillé de toutes les façons. Pillé par les contenus et pillé financièrement puisque aujourd'hui, à peu près 10% par an de la recette publicitaire quitte le print [la presse écrite, NDLR] vers le digital".

La position de Google "pas tenable"?

Si Jean-Marie Cavada juge cette plainte fondée, elle est selon lui sûrement insuffisante. "Je pense que ça ne suffira pas. Je me situe du côté de la presse qui dans cette affaire doit en effet porter plainte. Il serait intéressant de regarder s'il n'y pas d'autres voies pour faire respecter la loi car il n'est pas question qu'ils ne la respectent pas, ni en France ni en Europe. Donc ils doivent la respecter partout sur notre continent", estime-t-il. "Il faut créer un précédent juridique", ajoute Jean-Marie Cavada.

Le président du mouvement Génération citoyens va plus loin. "il y a quelque chose à regarder du côté de cette façon de museler la presse. (...) Il y a donc d'une certaine manière une censure commerciale de l'information, il faut examiner cette piste".

Pour autant, il y a aussi une part de bluff, "je ne pense pas que la position de Google soit tenable durablement. De mon point de vue, je l'analyse plutôt comme une sorte de position de refus de pré-négociation, une position pour négocier en sa faveur".

Un moteur de recherche dominant en Europe

Mais la vraie question sous-jacente est l'absence d'une alternative à Google, dont le moteur de recherche dépasse les 90% de parts de marché en Europe, selon les données compilées par Statcounter. "Il faut qu'il y ait en Europe et notamment en France des entreprises numériques qui soient calées sur le respect des données et le paiement des contenus que l'on agrège et de ce point de vue là, j'attends beaucoup de Thierry Breton [proposé par la France comme commissaire européen, NDLR] dont j'approuve le choix. Il faut que l'Europe construise des géants numériques accordés avec les lois européennes, ce qui n'est pas le cas".

Un positionnement que revendique le moteur français Qwant par exemple, qui joue la carte du respect des données personnelles. Mais sa part de marché ne dépasse pas 1%.

Olivier Chicheportiche