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La double revanche de Fleur Pellerin contre Filippetti et Montebourg

Fleur Pellerin, ici le 10 juillet, a obtenu le portefeuille de la Culture.

Fleur Pellerin, ici le 10 juillet, a obtenu le portefeuille de la Culture. - Kenzo Tribouillard - AFP

Fleur Pellerin remplace à la Culture Aurélie Filippetti, avec qui les rapports étaient exécrables. Et voit s'éloigner avec satisfaction Arnaud Montebourg...

Fleur Pellerin a toutes les raisons de jubiler. Mardi 26 août, elle a été nommée ministre de la Culture et de la Communication. Une promotion pour cette bonne élève qui n'avait été jusqu'à présent que secrétaire d'Etat (au commerce extérieur) ou ministre déléguée (aux PME et à l'économie numérique). 

Surtout, Fleur Pellerin prend la place d'Aurélie Filippetti, avec qui les rapports étaient exécrables. Lors du dernier Festival de Cannes, l'ex-ministre de la Culture était même intervenue - avec succès - auprès de Matignon pour empêcher sa collègue de monter les marches, à en croire Le Canard enchaîné

L'instinct de Filippetti

En réalité, les rapports entre les deux femmes sont mauvais depuis la campagne présidentielle, où chacune avait été désignée chef de pôle: la culture pour Filippetti, et le numérique pour Pellerin. "D'instinct, Filippetti s'était sentie d'emblée menacée par Pellerin et refusait de lui parler", se souvient un témoin. "Pellerin s'intéressait aux sujets culturels, sur lesquels elle avait travaillé à la Cour des comptes, mais Filippetti tenait à ce que la culture reste sa chasse gardée", ajoute un autre.

Cette guerre froide continuera au gouvernement. Par exemple, lorsqu'Aurélie Filippetti se battait auprès de Bruxelles pour taxer les fournisseurs d'accès à Internet, Fleur Pellerin militait pour une solution différente... Toutefois, toutes deux furent d'accord pour ne pas fusionner les gendarmes des télécoms et de l'audiovisuel.

Obtenir la tête de Pellerin

Mais Fleur Pellerin doit aussi savourer le limogeage d'Arnaud Montebourg, qui fut son ministre de tutelle à Bercy. Leur relation connut des hauts et des bas, pour finir sur un conflit. Selon une source à Bercy, "à la fin, Montebourg a accusé Pellerin de l'avoir trahi, et exigé qu'elle quitte Bercy". Avec succès: Fleur Pellerin sera exfiltrée vers le Quai d'Orsay lors du premier gouvernement Valls... 

Selon un ancien conseiller ministériel, le conflit final entre les deux ministres portait sur la vente de SFR. On se souvient qu'Arnaud Montebourg, intervenant sur Europe 1, avait bruyamment soutenu l'offre de Bouygues et vertement critiqué celle de Numericable. Problème: deux jours plus tard, Fleur Pellerin avait donné une interview au Journal du dimanche avec une ligne bien différente. Elle y revendiquait une "neutralité" entre les deux offres rivales, et ne plaidait pas du tout pour un passage à trois opérateurs, contrairement à son ministre de tutelle. Enfin, interrogée sur le parti pris d'Arnaud Montebourg, elle répondait: "par moments, l'expression d'orientations de la part du gouvernement peut être nécessaire s'il y a vraiment des solutions dangereuses pour les Français. Ce n'est pas le cas ici..."

"Le journaliste est l'ennemi"

Selon un ancien conseiller ministériel, "Arnaud Montebourg avait été furieux après cette interview, et soupçonnait une collusion entre Fleur Pellerin et Numericable, qui étaient tous deux conseillés dans leur communication par Stéphane Fouks de l'agence Havas". Quelques mois plus tôt, Fleur Pellerin avait en effet recruté comme conseillère presse Emilie Gargatte, venue directement des équipes de Stéphane Fouks. "Dès qu'Emilie Gargatte est arrivée, elle a interdit aux membres du cabinet de parler aux journalistes, les présentant comme des ennemis...", se souvient un ancien membre du cabinet de Fleur Pellerin. 

Ce clash fut l'épilogue de deux ans de cohabitation difficiles entre Montebourg et Pellerin, qui eurent une série de divergences sur Orange ou sur le plan fibre optique. "Mais les deux ministres ont aussi travaillé main dans la main sur beaucoup de sujets, comme le financement de l'innovation", tempère un ancien conseiller ministériel.

"Le cabinet de Pellerin était divisé entre pro et anti-Montebourg. Les pro-Montebourg étaient avant tout légitimistes: pour eux, Montebourg était le supérieur hiérarchique, et il fallait donc le suivre", raconte un autre conseiller ministériel. 

Mais le conflit portait aussi sur le fond, car Fleur Pellerin était bien moins à gauche qu'Arnaud Montebourg..

Jamal Henni