BFM Business

La Cour des comptes juge inefficaces les subventions à l'audiovisuel

La Cour des comptes avait déjà pointé les dérives du CNC il y a un an et demi, mais sans suite

La Cour des comptes avait déjà pointé les dérives du CNC il y a un an et demi, mais sans suite - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Selon un rapport paru ce mercredi 2 avril, les subventions publiques à l'audiovisuel ont doublé en dix ans. Pourtant, l'audience des films et des fictions bénéficiant de subventions a reculé sur la même période...

Il y a un an et demi, la Cour des comptes publiait un rapport sévère sur le CNC (Centre national du cinéma).

Visiblement, les limiers de la rue Cambon ont pris goût aux paillettes, car ils publient ce mercredi 2 avril un autre rapport encore plus vaste -mais tout aussi critique- sur toute la filière audiovisuelle.

Premier constat: les subventions publiques au cinéma et à l'audiovisuel ont quasiment doublé en dix ans (cf ci-contre).

Abondance d'argent

Problème: cette abondance d'argent est très mal utilisée et peu efficace. Prenons les films français par exemple. Leur nombre a doublé, mais dans une indifférence croissante. En 2010, plus de 60% d'entre eux ont été vus en salles par moins de 50.000 spectateurs, contre 51% dix ans plus tôt. Et lorsqu'il passent à la télévision, ils font de moins en moins d'audience...

Côté télévision, c'est même pire. Le nombre de sociétés de production a triplé en dix ans, pour atteindre 4.800. Le volume d'oeuvres subventionnés a triplé en vingt ans. Et les subventions versées sont les plus importantes d'Europe: elles représentent à elle seules 63% des subventions atttribuées dans toute l'Union européenne.

Là encore, "les résultats d'audience et de vente en sont pas à la hauteur", déplore la Cour qui pointe les scores médiocres de la fiction française face aux séries américaines qui enregistrent "des records d'audience".

Pensée unique

Surtout, le rapport ose s'attaquer à un tabou: les subventions aux tournages. En effet, depuis 2004, un crédit d'impôt est accordé aux producteurs qui tournent en France. Le coût de cette niche fiscale a régulièrement augmenté, pour atteindre cette année 70 millions d'euros pour les seuls films.

A en croire la pensée unique martelée par le ministère de la Culture et les professionnels du secteur, cette débauche d'argent permet de relocaliser les tournages en France.

La Cour dit l'inverse: "cette surenchère fiscale a été sans effet". Le rapport indique que 30% des jours de tournages continuent de se dérouler à l'étranger, soit... moins qu'avant la mise en place du crédit d'impôt (35%).

Un constat similaire avait été fait en janvier par le rapport de René Bonnel: "la tendance sur dix ans est celle d’une délocalisation continue. En 2003, la part des dépenses effectuées à l’étranger était de 10 %. Elle est de 16,9 % dix ans plus tard. Et la progression des dépenses de production entre 2008 et 2012 a davantage profité à l’étranger qu’à l’hexagone."

Réduire les subventions

Conclusion du rapport: "face à un nouveau contexte, la principale réponse a été l'octroi d'un surcroît de crédits publics, sans adapter le modèle". Au contraire, le rapport estime que "des changements sont nécessaires", et propose plusieurs mesures.

En pratique, la Cour propose de réduire les subventions publiques versées aux films à gros budget. Et inversement d'augmenter les aides versées aux autres films. Tout en étant "plus sélectif" dans le choix des films subventionnés.

Le rapport plaide aussi pour un "assouplissement" des jours interdits où les chaînes de télévision n'ont pas le droit de diffuser des films (mercredi, vendredi, samedi).

Côté télévision, la Cour demande d'"améliorer la transparence dans la rémunération des producteurs", et de "garantir la rigueur et l'indépendace des procédures de commande" à France Télévisions. Elle plaide aussi pour une "consolidation" du secteur.

Enfin, la Cour demande de "maîtriser l'évolution" du budget du CNC, qui a lui aussi doublé. Une demande déjà faite il y a un an et demi, mais suivie d'aucun effet...

Mercredi, la Cour a indiqué que le CNC n'avait appliqué aucune de ses préconisations émises il y a un an et demi, à part se mettre à publier un rapport annuel d'activité...

Le titre de l'encadré ici

|||Les aides publiques au cinéma et à l'audiovisuel : (en euros, évolution entre 2002 et 2012)

> CNC: 355 millions (+22%)
> Réductions d'impôts: 145 millions (x8)
> Fonds de garantie: 54 millions (x13)
> Aides locales: 47 millions (x7)

Total: 601 millions (+88%)

Jamal Henni