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Cinéma : les tournages à l'étranger atteignent des records

"Asterix et Obélix : au service de sa majesté" a été tourné en Irlande, à Malte et en Hongrie

"Asterix et Obélix : au service de sa majesté" a été tourné en Irlande, à Malte et en Hongrie - -

En 2012, un tiers des films français a été tourné à l'étranger. Un niveau qui n'avait pas été atteint depuis 5 ans. Ce sont surtout les films à gros budget qui s'exilent.

L'exil fiscal ne concerne pas que les stars de cinéma, il fait aussi des ravages sur les tournages de films. En 2012, 31% des tournages de films français ont eu lieu à l'étranger, contre 23% l'année précédente. "Ce taux reste le plus important de ces cinq dernières années, retrouvant un niveau proche de 2005 (35%)", indique la Ficam, la fédération des industries techniques.

En pratique, ce sont surtout les gros budgets qui s'exilent: 68% des films à plus de 20 millions d'euros, et 41% des films entre 10 et 20 millions. Parmi les tournages délocalisés, la Ficam cite les prochains opus de Christophe Gans (La belle et la bête), Catherine Breillat (Abus de faiblesse), Michel Gondry (L'écume des jours) ou Philipe Claudel (Avant l'hiver).

Selon la Ficam, ces délocalisations ont représenté un manque à gagner de 21,6 millions d'euros pour la France.

Course aux incitations fiscales

Si les producteurs préfèrent s'exiler, c'est pour deux raisons: bénéficier de salaires moins élevés, en particulier des figurants, mais aussi d'incitations fiscales proposées par les pays étrangers.

Pour la Ficam, la solution est de proposer des incitations fiscales plus importantes en France. C'est ce qu'a voté le parlement fin décembre dans le collectif budgétaire pour 2012, ce qui "permettra une relocalisation rapide de la production naitonale", espère la Fédération. En pratique, le crédit d'impôt pour les tournages de films français en France a été relevé de 1 à 4 millions d'euros par film, et pour les films étrangers de 4 à 10 millions d'euros.

La majorité parlementaire s'est divisée sur ce dernier point. Le président PS du la commission des affaires culturelles, Patrick Bloche, proposait un déplafonnement total, le gouvernement un plafonnement à 20 millions, et le rapporteur PS du budget, Christian Eckert, à un plafond de 10 millions. Ce dernier l'a emporté. Parallèlement, le crédit d'impôt pour le tournages de fictions TV a aussi été relevé.

Jusqu'à présent, ces trois crédits d'impôts coûtaient au budget près de 120 millions d'euros par an (cf. ci-contre). La nouvelle version coûtera 45 mlillions d'euros de plus, sans même tenir compte des films étrangers pour lesquels il n'y a pas d'évaluation disponible.

Pas de subventions pour Hitchcock

Si les professionnels assurent que ce type de mesure relocalise mécaniquement les tournages, d'autres sont plus sceptiques.
Lors des débats, le président UMP de la commission des finances, Gilles Carrez, a ironisé: "quand Alfred Hitchcock a tourné La main au collet en 1955, sur la Côte d'Azur, il n'y avait pas de crédit d'impôt, et l'équipe de tournage était hébergée au Carlton. Et il n'y avait pas d'aide fiscale pour payer le séjour au Carlton".

De son côté, l'Inspection générale des finances, lorsqu'elle avait évalué les niches fiscales en 2011, avait donné une note de 2 sur 3 au crédit d'impôt sur les films français. En estimant toutefois qu'un lien direct avec la relocalisation des tournages était "difficile à établir".

Jamal Henni