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L'offensive de Canal Plus contre BeIN Sport fait un flop

BeIN Sport et Canal Plus se livrent une bataille acharnée sur le terrain des droits de retransmission sportifs.

BeIN Sport et Canal Plus se livrent une bataille acharnée sur le terrain des droits de retransmission sportifs. - -

La chaîne cryptée réclame aux pouvoirs publics un décret interdisant la participation de BeIN Sport au prochain appel d'offres de la Ligue professionnelle de football. Mais elle n'a récolté que l'indifférence du gouvernement, et la colère de la ligue professionnelle de football.

Au crépuscule de son règne sur les droits sportifs, Canal Plus se défend par tous les moyens possibles contre la montée en puissance de sa riche concurrente BeIN Sport. Dernier fait en date: l’envoi d’une note blanche aux pouvoirs publics, dont Les Echos ont révélé la teneur, réclamant un décret pour empêcher la chaîne qatarie de participer au prochain appel d’offres de la Ligue 1.

Le motif évoqué peut pourtant prêter à sourire, puisque la chaîne cryptée reproche à son homologue de posséder le club du Paris Saint-Germain en même temps que certains droits de la Ligue 1, ce qui pourrait créer un conflit d’intérêt. Le tout alors que le club parisien a appartenu, de 1991 à 2006 à… Canal Plus, alors diffuseur exclusif du championnat de France de football. De son côté, le Qatar affirme depuis toujours que le PSG et BeIN Sport sont deux entités bien distinctes.

Le PSG est-il acheteur et vendeur?

On l’aura compris, la filiale de Vivendi explore toute les pistes afin de maintenir la pression sur son concurrent. Dans cette histoire, Canal Plus s’appuie sur le Code du sport, qui stipule que les droits de la Ligue 1 sont la propriété des clubs. Et la chaîne dirigée par Bertrand Méheut de faire valoir qu’une seule entité ne peut pas être propriétaire d’un club et candidat à l’achat des droits.

Mais la réalité est un peu différente : les droits sont en fait centralisés par la Ligue professionnelle de football (LFP), qui les vend ensuite au mieux offrant. Le PSG est bien membre de droit de la Ligue, mais au même titre que beaucoup d’autres clubs français. Et ces derniers n’ont pas du tout intérêt à voir le montant des droits baisser, puisque leurs revenus en dépendent largement.

Le gouvernement a d'ailleurs fait savoir aux Echos, ce mercredi 8 janvier, que "la situation de conflits d’intérêts contestée ne sembl(ait) pas être établie et que les garanties prévues (...) sont à ce jour suffisantes pour prévenir les risques de conflits d’intérêts tels que mentionnés par Canal+". Un coup dans l'eau, donc, d'autant que l'initiative a suscité l'ire de la LFP.

La baisse des droits TV, conséquence inévitable

Dans l’hypothèse du fameux décret, le Qatar aurait en effet deux options. D’un côté, vendre le PSG pour obtenir les droits de Ligue 1. Problème : le club francilien en est le principal moteur, sportif et économique, valorisant ainsi au maximum les droits de diffusion. Sans les investissements qataris, les amateurs de football pourraient dire adieu aux Zlatan, Cavani et consorts. Avec pour conséquence directe de faire baisser la valeur des droits, ce que veut absolument éviter la LFP, ainsi que les autres clubs français.

Autre solution pour le Qatar: laisser tomber les droits du championnat, comme le souhaite Canal. Là aussi, la LFP réaliserait une très mauvaise opération, car elle met tout en œuvre pour que plusieurs candidats répondent à ses appels d’offres, faisant ainsi monter les enchères. Les autres chaînes n’ayant, a priori pas les moyens de se positionner, Canal Plus se retrouverait donc seule en lice.

Frédéric Thiriez, le président de la ligue, n'a d'ailleurs pas tardé à réagir: "Il s’agit évidemment d’une nouvelle tentative de Canal+ destinée à étouffer la concurrence et faire ainsi baisser le montant des droits", écrit-il dans une lettre révélée par L'équipe, parlant d'une "affaire consternante".

L'appel d'offres pour les droits de la période 2016-2020, lancé courant 2015, devrait être animé.

Yann Duvert