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Hidalgo va-t-elle vraiment pouvoir réduire le nombre d'Airbnb à Paris?

La mairie de Paris a soufflé au gouvernement des propositions pour lutter contre les abus sur Airbnb.

La mairie de Paris a soufflé au gouvernement des propositions pour lutter contre les abus sur Airbnb. - John MacDougall - AFP

La mairie de Paris a soufflé au gouvernement des propositions pour lutter contre le surdéveloppement des locations touristiques dans la capitale qui pénalise les Parisiens. Reste à savoir si cette politique peut porter ses fruits.

Anne Hidalgo n'est pas près de lâcher l'affaire dans sa lutte contre le développement effréné des locations touristiques qui réduit le parc de logements disponibles pour les Parisiens. Après avoir voté en juillet dernier l'enregistrement obligatoire pour les propriétaires désireux de louer leur logement sur des plateformes type Airbnb, la mairie a soufflé au gouvernement plusieurs propositions pour limiter les abus. Objectif: traquer les loueurs qui multiplient les locations saisonnières et pénalisent ainsi les Parisiens à la recherche d’un logement.

Dans un entretien accordé à 20 Minutes, l'adjoint au Logement Ian Brossat a détaillé quelques unes des mesures phares qu'il aimerait voir apparaître dans la future loi sur le logement, que le ministère de la Cohésion des territoires doit présenter la semaine prochaine. Car l'enjeu est de taille.

La mairie de Paris souhaite tout d'abord réduire le nombre maximum de nuitées, fixé à 120 jours par an dans la capitale, loin donc des standards internationaux. À Londres, un propriétaire ne peut en effet excéder 90 jours de locations sur le site Airbnb (60 jours à San Francisco ou à Amsterdam, 30 jours à New York). "Rares sont les personnes qui disposent de quatre mois de vacances par an", fait valoir la Ville, qui propose que les collectivités puissent fixer elles-mêmes le seuil autorisé.

65.000 biens disponibles à Paris

Autre proposition de Ian Brossat, visant cette fois à atténuer les nuisances sonores générées par les allées et venues des locataires dans les immeubles: obtenir l'accord des copropriétés avant de louer un bien sur Airbnb et consorts. "Cette mesure fonctionne très bien à Amsterdam. Pourquoi ce serait différent ici?" souligne l'élu.

Reste à savoir si la mairie de Paris pourra un jour parvenir à limiter le poids des locations touristiques. Car en à peine trois ans, le nombre de logements entiers en location sur Airbnb à Paris a presque triplé, passant de 15.051 en novembre 2014 à 41.722 en juin 2017, comme l'a récemment rappelé le journal Le Monde. Le graphique ci-dessous illustre très bien ce phénomène.

Selon les estimations de la mairie, la capitale compte 100.000 hébergements sur les différentes plateformes (Airbnb, Abritel etc.), dont "20.000 sont des hôtels qui ne disent pas leur nom". Soit autant de meublés touristiques qui ne sont pas en règle. Et rien que sur Airbnb, on trouve en septembre 65.000 biens disponibles, selon le géant américain, cité par 20 Minutes.

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Mesures draconiennes à Berlin

Pour limiter les effets pervers inhérents à ces plateformes, certaines villes n'ont pas hésité à prendre des mesures draconiennes. C'est le cas de Berlin, la ville la plus visitée d'Europe après Londres et Paris. Depuis le 1er mai 2016, il est en principe interdit de louer un logement entier à la nuitée dans la capitale allemande, à moins de se limiter à une seule pièce de son logement. Mais pour cela il faut obtenir une "autorisation spéciale" de la ville.

Aujourd'hui, "seules" 17.000 annonces de locations actives sont recensées sur Airbnb à Berlin, selon le site Airdna. C'est quatre fois moins qu'à Paris. Dans la capitale allemande, les fraudeurs risquent désormais très gros. La ville entend leur infliger une amende pouvant atteindre 100.000 euros, soit la valeur d'un appartement de 30 à 40 m² dans cette ville où l'immobilier reste bien plus abordable que dans les autres grandes capitales européennes.

Mais pour que la peur du gendarme joue à plein, Berlin compte aussi sur ses citoyens dont beaucoup sont outrés de voir les touristes faire ainsi grimper les loyers ou déranger la quiétude des copropriétés avec leur goût souvent prononcé pour la fête. Les autorités berlinoises les appellent donc à dénoncer, sur un document mis en ligne sur internet, les propriétaires qui mettent leur bien immobilier en location sur ces plateformes.

Julien Mouret