BFM Business

France Télévisions: blocage sur la nomination du président

Delphine Ernotte a un petit train d'avance

Delphine Ernotte a un petit train d'avance - Eric Piermont - AFP

La patronne d'Orange France est arrivée en tête lors du premier vote du collège du CSA organisé mercredi, échappant de peu à la majorité. Un nouveau vote est organisé jeudi.

Mise à jour: lors du vote jeudi matin du collège du CSA, les voix se sont réparties à égalité entre Delphine Ernotte (4 voix) et Pascal Josèphe (4 voix). La situation est donc bloquée car une majorité de cinq voix est nécessaire, le président Olivier Schrameck ne disposant pas d'un droit de vote double. Le CSA a donc déclaré dans un communiqué jeudi midi qu'il allait auditionner à nouveau ces deux candidats jeudi après-midi pour sortir de l'impasse.

Surprise, surprise. Delphine Ernotte semble bien placée pour être nommée présidente de France Télévisions par le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel). En effet, la directrice générale adjointe d'Orange est arrivée en tête lors du premier vote organisé mercredi 22 avril en fin d'après midi par le collège du CSA.

Précisément, cette centralienne a obtenu quatre voix sur huit, dont apparemment celle du président Olivier Schrameck. Il ne lui a donc manqué qu'une voix pour obtenir la majorité nécessaire de cinq voix. Le collège du CSA se réunit à nouveau ce jeudi pour tenter de dégager une majorité. Sauf blocage persistant, l'heureux élu pourrait donc être désigné ce jeudi.

Lors du vote de mercredi, Pascal Josèphe a obtenu trois voix, et le PDG sortant Rémy Pflimlin une voix. Aucune voix ne s'est portée sur les autres postulants Nathalie Collin (la Poste), Cyrille du Peloux (Veolia), Robin Leproux (ex-M6) et Christophe Beaux (Monnaie de Paris).

Résultat suprenant

Reste que la désignation de Delphine Ernotte serait très surprenante.

D'abord, le syndicat CGC l'a d'ores et déjà critiquée pour son rôle dans la crise des suicides chez Orange -même si elle n'a jamais été mise en examen dans cette affaire.

Surtout, la directrice exécutive d'Orange France, dont les réseaux sont plutôt à gauche, a effectué toute sa carrière au sein de l'opérateur téléphonique, et n'a donc aucune expérience des médias. 

"Le CSA veut refaire un coup"

Bref, cette nomination serait encore plus surprenante que la désignation controversée de Mathieu Gallet à la tête de Radio France il y a un an. D'autant que les difficultés rencontrées par Mathieu Gallet plaidaient plutôt pour la nomination d'un profil consensuel et expérimenté... Au contraire, le CSA choisi d'écarter la plupart des candidats connaissant l'audiovisuel, notamment public. "Le CSA veut refaire un coup marketing", fulmine un rival. "Le CSA doit penser que moins le patron de France Télévisions connaît l'audiovisuel, et moins ce patron sera en mesure de tenir tête au CSA", suppose un autre. Des recours juridiques sont donc fort possibles, ce qui pourrait bloquer la procédure...

La candidature de Delphine Ernotte (qui n'a jamais été confirmée officiellement) serait bien vue de son PDG Stéphane Richard. Selon la presse, elle aurait aussi été aidée dans sa campagne par Xavier Couture et David Kessler (deux bons connaisseurs de l'audiovisuel travaillant aujourd'hui chez Orange), et par les communicants Anne Hommel et Denis Pingaud. Ce dernier avait précédemment conseillé Mathieu Gallet dans sa campagne victorieuse pour Radio France....

La CFDT tire à boulets rouges sur le CSA

Jeudi midi, la CFDT de France Télévisions a publié un communiqué très critique vis-à-vis du CSA. Le syndicat fustige "une situation surréaliste" et "une consternante pièce de théâtre absurde", où "le CSA est au bord du ridicule". Le communiqué ajoute: "pour être élu par le CSA à la tête de Radio France ou France Télévisions, mieux vaut donc n’avoir aucune expérience, mais quelques bons soutiens dans la coulisse. Pour la transparence promise par la gauche, on repassera. On a vu avec Mathieu Gallet combien la nomination d’un PDG qui manque d’expérience peut être périlleuse".

La CFDT conclut: "aujourd’hui, le CSA, son président en tête, serait prêt à retenter l’aventure. Déjà, la sélection des candidats en finale à de quoi étonner. On n’est pas loin du scandale! Des candidats, sans aucun doute pas les plus incompétents, écartés sans qu’on trouve une quelconque logique. Écartés sur dossier? Mon oeil! Qui pourra nous faire croire que, par exemple, Marie-Christine Saragosse (France Média Monde) ou Emmanuel Hoog (AFP) ne méritaient pas, au moins, une audition, eux dont le métier est l’audiovisuel? Qui pourra nous faire croire que Christophe Beaux ou Nathalie Collin ou Delphine Ernotte méritent d’être retenus, eux qui n'ont pas d’expérience dans le métier?"

Jamal Henni