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Canal Plus veut être le seul à distribuer beIN Sports

Cette solution serait plus chère pour le téléspectateur

Cette solution serait plus chère pour le téléspectateur - Franck Fife AFP

Canal Plus écarte l'idée d'un rachat de la chaîne qatarie, mais veut la distribuer en exclusivité via son bouquet CanalSat.

Mise à jour: selon le Monde, BeIn Sports a conclu un accord de distribution exclusive avec Canal Plus, qui a été remis à l'Autorité de la concurrence mercredi 17 février

Un concubinage et non un mariage. Canal Plus et beIN Sports ont arrêté les formes de leur alliance. L'idée d'un rachat est écartée à ce stade, au profit d'une solution moins lourde: réserver la chaîne sportive uniquement aux abonnés du bouquet CanalSat, comme l'a indiqué jeudi 11 février Le Monde.

Addition plus élevée

En pratique, pour regarder la chaîne qatarie, il faudra désormais obligatoirement s'abonner à tout CanalSat. Tandis qu'aujourd'hui, on peut s'abonner à beIN Sports seul.

L'addition sera forcément plus élevée pour le spectateur. Aujourd'hui, beIN Sports est vendue seule à 13 euros par mois. Demain, il faudra au minimum s'offrir le bouquet de base de CanalSat, qui coûte 24,90 euros par mois.

Faire un gros chèque au Qatar

Ce projet avait été révélé dès fin décembre. Il présente moult avantages par rapport à un rachat.

D'abord, cela coûtera bien moins cher à Canal. Certes, la filiale de Vivendi devra faire un gros chèque à beIN Sports pour s'octroyer cette exclusivité -Libération a évoqué 100 millions d'euros par an.

Mais un rachat aurait coûté bien plus cher. En effet, Canal aurait dû alors supporter les pertes de beIN Sports (250 à 350 millions d'euros par an selon Natixis), ce qui aurait absorbé la moitié de son bénéfice opérationnel. Sans compter le prix d'achat de beIN Sports...

Assécher Numéricable SFR

D'un point de vue commercial, cette solution est aussi très avantageuse. Elle permettra de relancer les abonnements à CanalSat, qui ne cessent de décliner.

Elle permettra aussi d'assécher l'offre sportive du grand rival SFR Numericable. En effet, les abonnés de Numericable n'auront plus aucun moyen d'accéder à beIN Sports, car Numericable est le seul réseau qui ne propose pas CanalSat. Il en sera progressivement de même pour SFR, dont les abonnés migrent au fur et à mesure vers l'offre de Numericable, perdant CanalSat au passage. Pour contrer cela, SFR Numericable aurait récemment tenté de surenchérir auprès de beIN sports, mais visiblement en vain. 

Opposition des footeux

Côté calendrier, cette solution est aussi la plus rapide. Les contrats de beIN Sports avec tous ses distributeurs (Orange, SFR, Free...) expirent ces temps-ci, et la chaîne qatarie peut donc s'en désengager à cette occasion. Au pire, ces contrats peuvent être prolongés de quelques semaines de manière provisoire.

Enfin et non des moindres, cette solution sera aussi la plus facile à faire accepter au monde du football et au gendarme de la concurrence, qu'il soit français ou européen. En effet, un rachat aurait fait disparaître un concurrent, et donc un acheteur potentiel de droits, ce qui aurait suscité l'opposition des clubs.

Quant au gendarme de la concurrence, il aurait pu refuser un tel rachat, ou alors l'assortir de très lourdes obligations. Or la chaîne cryptée espère précisément l'inverse: se dégager des lourdes obligations imposées par l'Autorité de la concurrence et qui expirent en 2017, mais qui peuvent éventuellement être prolongées jusqu'en 2022.

Contourner l'interdiction

Toutefois, il reste un obstacle juridique, qui était apparu dès décembre. En effet, juridiquement, la chaîne qatarie est une chaine premium, comme la chaîne OCS d'Orange. Or les obligations imposées par l'Autorité de la concurrence stipulent que CanalSat doit conclure des accords non exclusifs avec toutes les chaînes premium. 

Toutefois, la filiale de Vivendi peut demander à être dispensée de cette obligation. Elle a déjà sondé informellement l'Autorité de la concurrence, et va prochainement faire une demande formelle. Le gendarme de la concurrence lancera alors une consultation du marché qui durera quelques semaines, comme l'a révélé jeudi 11 février L'Equipe.

Le gendarme de la concurrence s'est bien gardé de dire s'il donnerait finalement son feu vert ou non, et se refuse à tout commentaire. Toutefois, s'il refusait de lever cette interdiction, ce niet pourrait être contourné. En effet, un accord d'exclusivité formel n'est pas forcément nécessaire. Il suffirait que tous les contrats de distribution de beIN Sports autres que CanalSat expirent sans être renouvelés, conduisant à une exclusivité de fait.

Interrogé, Canal Plus n'a pas répondu.

Jamal Henni