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Sport: Canal Plus prépare sa contre-attaque

beIN Sports, en passant en exclusivité chez CanalSat, perdrait ses abonnés en direct chez les fournisseurs d'accès

beIN Sports, en passant en exclusivité chez CanalSat, perdrait ses abonnés en direct chez les fournisseurs d'accès - FRANCK FIFE / AFP

Pour renforcer son offre sportive, la chaîne cryptée songerait à réserver beIN Sports aux seuls abonnés de son bouquet CanalSat.

L'empire contre-attaque. Il y a un mois, Canal Plus perdait les droits de la Premier League anglaise au profit du groupe Altice (qui détient 49% de ce site web). Depuis, la chaîne cryptée a riposté en raflant une partie de la Coupe de la Ligue pour 24 millions d'euros par an, selon L'Equipe.

Mais la filiale de Vivendi est bien consciente que cela ne suffira pas. Elle songe donc à renforcer son offre sportive en se rapprochant de beIN Sports. Une piste actuellement à l'étude serait de réserver beIN Sports aux seuls abonnés au bouquet de Canal Plus. Autrement dit, pour regarder la chaîne sportive, il faudrait désormais obligatoirement souscrire à CanalSat, dont les abonnements seraient assurément dopés par un produit d'appel aussi attractif.

Très gros chèque

En pratique, il ne serait plus possible de s'abonner séparément à beIN Sports comme on peut le faire aujourd'hui. La chaîne qatarie serait même totalement invisible pour les abonnés à Numericable, qui ne distribue pas CanalSat. De même pour les abonnés de SFR, qui perdent CanalSat au fur et à mesure qu'ils migrent vers le très haut débit.

CanalSat a déjà suivi une stratégie similaire en s'octroyant à prix d'or (le chiffre de 50 millions d'euros est évoqué) l'exclusivité d'Eurosport. Pareillement, CanalSat devra donc faire un très gros chèque à beIN Sports pour que celle-ci accepte ce projet. En effet, la filiale d'Al Jazeera devra alors faire une croix sur tous ses abonnés hors CanalSat.

Obstacle juridique

Ce projet devra aussi surmonter un obstacle juridique. En effet, CanalSat n'a actuellement pas le droit de prendre en exclusivité beIN Sports. Car juridiquement, la chaîne qatarie est une chaine premium, comme la chaîne OCS d'Orange. Or CanalSat est obligé de distribuer toutes les chaînes premium de manière non exclusive. Cela fait partie des obligations imposées par l'Autorité de la concurrence en 2012. Certes, ces obligations expirent en 2017, mais le gendarme de la concurrence peut les prolonger jusqu'en 2022. Toutefois, la filiale de Vivendi peut toujours demander à être dispensé par anticipation de telle ou telle obligation. Elle projette donc demander prochainement une telle dispense sur les chaînes premium, même si aucune requête formelle n'a encore été formulée à cette heure.

Un tel projet sera donc complexe à mettre en oeuvre. Mais il reste plus simple que de racheter beIN Sports, qui serait encore plus coûteux. En effet, Canal devrait convaincre les Qataris de vendre séparément leur filiale française, puis faire passer cette pilule auprès du gendarme de la concurrence, et enfin supporter les lourdes pertes de la chaîne sportive.

Interrogés, Canal Plus n'a pas souhaité faire de commentaires, et beIN Sports n'a pas répondu. 

Couper Canal Plus en deux?

Depuis plusieurs mois, la chaîne cryptée s'interroge sur les moyens de contrer la chute de son nombre d'abonnés. Une piste étudiée serait de proposer une offre moins chère, afin d'être accessible à un plus grand nombre. Toutefois, une baisse du prix de l'abonnement facial (39,90 euros par mois) réduirait fortement les profits, sans forcément ramener beaucoup d'abonnés. La piste à l'étude serait donc de couper l'abonnement en deux lots, qui pourraient par exemple être vendus 20 euros chacun: d'une part une offre basique avec du cinéma, et de l'autre une option sportive avec notamment la Ligue 1.

Un tel découpage est déjà pratiqué outre-Manche avec succès par Sky. Des analystes financiers plaident déjà en ce sens, comme Natixis: "Le découpage est la seule option possible pour augmenter fortement le revenu moyen par abonné (Arpu). Le groupe pourrait alors proposer une offre plus proche de celle de Sky, qui pourrait permettre une hausse de l’ARPU avec une offre mieux segmentée".

Jamal Henni