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Canal Plus tente de rassurer le cinéma français

Le nouveau directeur général Maxime Saada est venu pour la première fois aux rencontres cinématographiques de Dijon

Le nouveau directeur général Maxime Saada est venu pour la première fois aux rencontres cinématographiques de Dijon - BFM Business

Les professionnels du cinéma sont désorientés par la reprise en main de la chaîne cryptée, principal financier du secteur.

Les cinéastes sont des inquiets de nature, surtout quand il s'agit d'argent. Aussi ont-ils accueilli fraîchement la reprise en main musclée de Canal Plus par Vincent Bolloré. Car la chaîne cryptée est le principal financier du secteur, avec 150 millions d'euros injectés en 2014.

Ils ont notamment été désorientés par les évictions successives du directeur général Rodolphe Belmer, de la directrice du cinéma Nathalie Coste-Cerdan, et du patron de Studio Canal Olivier Courson. Ces deux derniers ont été remplacés par le producteur Didier Lupfer, qui avait été remercié de la chaîne cryptée il y a dix ans...

Mordre la main qui nourrit

Plusieurs organisations ont même critiqué ces évictions, sans craindre de mordre la main qui les nourrit. Le Syndicat des producteurs indépendants s'est dit "stupéfait de l'éviction soudaine de Nathalie Coste-Cerdan". Tandis que la Société des réalisateurs de films s'était déclarée "consternée, attristée et inquiète de l'éviction de Rodolphe Belmer", ajoutant: "Nous redoutons que l'équipe de Vincent Bolloré mette à mal ce qui a toujours été l'ADN de la chaîne et qui en a fait son succès: l'indépendance d'esprit, la liberté d'expression, le refus de se soumettre aux diktats des pouvoirs en place, la diversité du cinéma qu'elle soutient".

Câlinothérapie

Vincent Bolloré s'est donc lancé dans une opération de câlinothérapie vis-à-vis de la profession. Vendredi 16 octobre, le nouveau président du conseil de surveillance de Canal Plus s'est invité au déjeuner semestriel organisé avec le 7ème art. L'industriel breton, qui a épousé l'actrice Anaïs Jeanneret et acheté une salle de cinéma (le Mac Mahon à Paris), leur a assuré de son goût personnel pour le cinéma. Il a rappelé avoir séché des cours dans sa jeunesse pour fréquenter les salles obscures. Surtout, il leur a promis d'investir plus que les obligations minimales figurant dans l'accord signé en mai avec la filière. Il a aussi assuré que sa volonté de réinternaliser la production ne s'appliquait pas aux films. "Et Bolloré ne choisira pas lui-même les scénarios", promet un dirigeant de la chaîne.

Une semaine plus tard, le nouveau directeur général Maxime Saada s'est aussi voulu rassurant. Intervenant pour la première fois lors des rencontres cinématographiques de Dijon, il a assuré: "Canal Plus a vocation à identifier les bons projets, pas à commander les films dont il a besoin. Une telle vision me ferait très peur". Il a aussi rappelé que "85% des nouveaux abonnés viennent pour le cinéma, et ce chiffre est en hausse". 

Des femmes, des polars et de l'action

Toutefois, le grand argentier du cinéma français a profité de l'occasion pour définir ce qu'il souhaitait. Ou plus précisément pour rappeler ce que souhaitaient les abonnés de la chaîne cryptée, régulièrement sondés dans des études marketing. D'abord, "il y a un problème de sous-représentation des femmes. On cherche des projets qui s'intéressent aux femmes, qui soient portés par des femmes... C'est un besoin que l'on a, mais on a beaucoup de mal".

Surtout, "Hollywood produit de plus en plus de films de super héros pour adolescents. Ce qui nous pose un problème, car nos clients ne sont pas des adolescents. On a besoin de films pour adultes, notamment de films de genre: policier, action, aventure... Il y a un complexe du cinéma français sur ces genres. Mais il ne s'agit pas de faire des me too de films américains".

Le diplômé de Sciences-Po et HEC a terminé par une supplique: "A force de parler fric, salaires et budgets, on a un peu abîmé l'image du cinéma auprès de la population française, qui voit le cinéma comme un business, et on a perdu le sens de l'artistique. Il faut raconter à nouveau qu'on aime le cinéma, un lien affectif et émotionnel. Etre un robinet d'eau tiède n'est pas une bonne idée".

Jamal Henni, à Dijon