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Canal Plus : la guerre est déclarée entre Vivendi et Lagardère

Arnaud Lagardère a mal négocié ses accords avec Vivendi en 2007

Arnaud Lagardère a mal négocié ses accords avec Vivendi en 2007 - -

Lagardère, coincé avec une participation de 20% dans Canal Plus France dont il n'arrive pas à se défaire, passe à l'offensive juridique contre l'autre actionnaire, Vivendi.

Les relations entre Vivendi et Lagardère étaient déjà exécrables. Elles en sont maintenant au stade des plaintes en justice réciproques. Enjeu: Canal Plus France, détenu à 80% par Vivendi et 20% par Lagardère. Plus précisément, le conflit porte sur le trésor de guerre accumulé par la chaîne cryptée: 1,6 milliard d'euros à fin novembre.

Lagardère ne peut toucher à ce tas d'or, mais Vivendi oui. Ce dernier l'emprunte à sa filiale avec un taux d'intérêt très bas : 0,1% au-dessus de l'Euribor, selon Exane BNP Paribas. A en croire Le Figaro du 13 février, Vivendi a ainsi payé à la chaîne seulement 7 millions d'euros d'intérêts en 2012, soit 0,4%.

Bataille de chiffonniers

Ces prêts entre Vivendi et sa filiale sont régis par une convention de trésorerie. Selon le communiqué de Lagadère publié mercredi 13 février, cette convention n'est pas légale, car elle "porte gravement préjudice à Canal Plus France", notamment en raison de son taux d'intérêt "très faible". Lagardère affirme aussi que cette convention aurait dû être approuvée au préalable par le conseil de surveillance de Canal Plus France. Ce qui n'a jamais été fait, indique Vivendi. Le groupe de Jean-René Fourtou répond que Lagardère a pourtant "expréssément approuvé" cette convention lors de sa mise en place en 2007.

Si l'on en arrive à cette bataille de chiffonniers, c'est parce que la situation de Canal Plus est particulière. Traditionnellement, le moyen usuel de faire remonter de l'argent d'une société rentable vers ses actionnaires est de verser un dividende. Mais, en l'espèce, c'est Vivendi qui contrôle Canal Plus France, et donc décide seul du versement d'un tel dividende. Or le groupe dirigé par Jean-René Fourtou a toujours refusé de verser le moindre euro de dividendes, car il devrait alors verser 20% de la somme à Lagardère, ce qu'il veut à tout prix éviter.

Mauvais négociateur

Lagardère se retrouve donc coincé dans une situation défavorable : il ne peut accéder à la trésorerie, il ne peut forcer le versement d'un dividende, et il ne peut pas non plus forcer Vivendi à lui racheter ses 20%... Mais Arnaud Lagardère peut surtout s'en prendre à lui-même : s'il se retrouve dans cette situation, c'est qu'il a accepté en 2007 un accord qui lui était plutôt défavorable. Au même moment, TF1 et M6 avaient, eux, obtenus des promesses d'achat de Vivendi à un prix assez généreux...

Cotation reportée

Au final, Lagardère n'a que deux solutions: trouver un acquéreur pour ses 20%, ou forcer une introduction en bourse. Mais ces deux voies sont ardues. Vivendi, très endetté, n'a ni les moyens ni l'envie d'acheter ces 20%, et en plus a toujours jugé excessif le prix réclamé par Lagardère. "Vivendi pourrait toutefois se montrer moins inflexible s'il arrive à vendre des actifs télécoms, et se recentre sur les médias", dit un analyste financier.

Reste l'introduction en bourse. Le groupe d'Arnaud Lagardère a effectué une première tentative il y a deux ans, avant de reculer. Il a relancé les préparatifs l'an dernier, et des préparatifs ont été effectués pour une cotation fin 2012 ou début 2013. Mais là encore, Lagardère a reporté l'opération, et évoque désormais mi-2013.

A qui la faute ?

Désormais, Lagardère explique que si cette cotation est difficile, c'est la faute de cette maudite convention de trésorerie, qui "provoque un blocage ne permettant pas une introduction en bourse dans des conditions normales".

Un argument d'une certaine mauvaise foi, car la cotation avait bien failli se faire il y a deux ans, malgré cette fameuse convention. Toutefois, à l'époque, Canal Plus était resté très flou sur sa future politique de dividendes, ce que les analystes financiers avaient critiqué. Exane BNP Paribas écrivait par exemple: "l'incertitude sur la politique de dividendes, surtout pour une société riche et mature, pourrait poser problème à certains investisseurs. En outre, Canal Plus France prête sa trésorerie à Vivendi à un taux d'Euribor plus 0,1 %, c'est-à-dire ne l'utilise pas dans le meilleur intérêt des actionnaires minoritaires".

Pour Vivendi, le procès intenté par Lagardère n'est donc qu'"une tentative de déstabilisation mise en oeuvre par Lagardère afin de le forcer à racheter sa participation dans Canal Plus France".

Jamal Henni