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Canal Plus pourrait lancer son introduction en bourse dès janvier

Pour la première fois de sa carrière, Bertrand Meheut sera à la tête d'une société cotée

Pour la première fois de sa carrière, Bertrand Meheut sera à la tête d'une société cotée - -

La première étape -la publication d'un document de base- pourrait avoir lieu dans les prochaines semaines.

C'est reparti! Deux ans après la tentative avortée du printemps 2011, les travaux ont repris de plus belle sur une introduction en bourse des 20% détenus par Lagardère dans Canal Plus France (les 80% restants appartiennent à Vivendi).

Mais, contrairement à la tentative précédente, l'opération pourrait ne pas attendre l'arrêté des comptes annuels, et se faire sur la base des comptes à fin septembre.

Précisément, le 12 juillet, Lagardère a formellement notifié à la chaîne sa volonté de retenter l'opération. L'étape suivante est la publication du prospectus ("le document de base", dans le jargon AMF), qui contiendra les comptes à fin septembre et pourrait être publié dans les prochaines semaines.

Pour la suite, Lagardère et Canal Plus hésitent entre deux calendriers: soit lancer le processus en décembre, soit tout début 2013 -c'est ce second scénario qui tiendrait actuellement la corde.

Arrêt brutal

Selon Reuters, les banques conseil sont les mêmes qu'il y a deux ans: BNP Paribas et J. P. Morgan côté Lagardère; Nomura et Société Générale côté Vivendi.

Le processus précédent avait été brutalement interrompu par Lagardère en mars 2011, officiellement en raison de la catastrophe de Fukushima. A l'époque, le directeur financier de Lagardère Dominique d'Hinnin parlait d'un "report de probablement quelques semaines", durant au grand maximum jusqu'à la rentrée 2011... Une décision mal comprise à l'époque. "Cet arrêt a été décidé sans même nous consulter", déplore un banquier conseil. "A la même période, d'autres introductions en bourse ont pourtant été menées jusqu'à leur terme", ajoute un autre.

Cette décision a coûté à Lagardère, qui a payé la majorité des frais de cotation -même s'ils ont été modestes.

Surtout, la question est de savoir si le groupe d'Arnaud Lagardère récoltera plus d'argent aujourd'hui qu'il y a deux ans. Certes, les valeurs média ont depuis progressé de +17%. "Mais cétait déjà un dossier compliqué à l'époque, il l'est devenu encore plus", pointe un analyste financier. Plusieurs raisons à cela. D'abord, la chaîne cryptée est sous la menace d'une hausse de la TVA de 7% à 10% en janvier 2014, ce qui va lui coûter 80 millions d'euros. Par ailleurs, la concurrence, qui semblait avoir disparu il y a deux ans avec le retrait d'Orange, s'est ravivée avec l'arrivée de Be In Sport. En outre, la menace des acteurs du Net se précise: Amazon a ainsi annoncé son arrivée en France. Last but not least, la stratégie de Vivendi reste à clarifier, même si ses dirigeants confient vouloir rester dans les médias et se désengager des télécoms.

Rapports exécrables

Et les difficultés du dossier persistent. Le flottant (20%) sera réduit. Vivendi, qui décide seul du versement d'un dividende aux actionnaires, n'a toujours aucun intérêt à en distribuer. Toutes les activités en croissance (D8, D17, les filiales au Viet Nam et en Pologne...) ne sont pas dans le périmètre de Canal Plus France (l'entité qui sera côtée), mais sont logées ailleurs dans le groupe.

Enfin, les rapports entre Vivendi et Lagardère sont toujours mauvais -"mais peut être un peu moins exécrables depuis le départ en juin de l'ancien patron de Vivendi Jean-Bernard Levy, qui avait une dent particulière contre Arnaud Lagardère", croit savoir un analyste financier. "Il y a deux ans, les dirigeants de Vivendi nous avaient cité moult raisons de ne pas acheter d'actions Canal Plus...", se souvient un fonds.

En revanche, les dirigeants de la chaîne cryptée avaient joué le jeu. Pour une question de prestige: Bertrand Meheut se retouverait ainsi pour la première fois à la tête d'une société cotée. Mais aussi parce que Lagardère leur avait promis, si la cotation allait à son terme, une prime de 2 millions d'euros, dont 300 000 euros bruts pour Bertrand Meheut et 170 000 pour son bras droit Rodolphe Belmer...

Toutefois, l'horizon s'est quand même éclairci sur le terrain réglementaire: on connait désormais les nouvelles obligations imposées à la chaîne cryptée, qui sont moins terribles que prévu.

Super dividende

Rappelons que Lagardère a hérité de ces 20% lors du rachat de TPS par Canal en 2007. Mais, à l'époque, le groupe d'Arnaud Lagardère n'avait pas négocié de promesse d'achat avec un prix plancher, contrairement à TF1 ou M6. Il n'a donc que deux options: soit forcer une cotation, soit trouver un acquéreur. Au printemps, il a donc une fois de plus formellement demandé à Vivendi s'il voulait racheter ces 20%, comme le prévoient leurs accords. Le 27 juin, le groupe de Jean-René Fourtou a à nouveau répondu ne pas être intéressé par un rachat au prix réclamé par Lagardère. De toutes façons, Vivendi, déjà lourdement endetté et ayant récemment multiplié les emplettes (SFR, EMI...), aurait un peu de mal à financer un tel rachat.

Il y a un an, Lagardère avait aussi cherché un acquéreur autre que Vivendi, mais sans aboutir non plus. Les discussions les plus avancées ont eu lieu avec le fonds américain Hellman & Friedman, conseillé par Lazard. Celui-ci aurait finalement proposé près d'un milliard d'euros pour les 20% de Canal Plus France, mais il ne s'agissait pas d'une offre ferme, et les discussions n'ont finalement pas abouti.

Rappelons que Lagardère pourra distribuer sous forme de super dividende le produit de la vente de Canal Plus comme d'EADS à ses actionnaires, à commencer par le premier d'entre eux, Arnaud Lagardère lui-même, loudement endetté.

Interrogé, Lagardère n'a pas souhaité faire de commentaire officiel.

Jamal Henni