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Coronavirus: confrontées à une chute de leur activité, les pharmacies tirent la sonnette d’alarme

Les pharmaciens ont vu leur activité chuter de 20% depuis le début du confinement

Les pharmaciens ont vu leur activité chuter de 20% depuis le début du confinement - AFP

Après avoir vu leurs ventes bondir au début du confinement, l'activité des pharmaciens s'est effondrée. Certaines officines, dont le rôle est pourtant indispensable en période de crise sanitaire, ont déjà été contraintes de réduire leurs amplitudes d'ouverture, voire de recourir au chômage partiel.

En quelques jours, les pharmacies françaises auront connu les montagnes russes. Au début du confinement, les télétransmissions des factures émises par les officines vers l’Assurance maladie ont atteint des niveaux records. Ainsi le volume des ventes de médicaments sur ordonnance était de plus de 3 millions le mardi 17 mars et de 2,3 millions le mercredi 18. 

Au total sur la troisième semaine de mars, le nombre de télétransmissions des pharmacies ont augmenté de 2 millions par rapport à la même semaine un mois auparavant. "C’était un activité de dingue, on n’a jamais vu ça. Il y avait le double voire le triple de clients par rapport à d’habitude", commente Philippe Besset, président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF).

Mais l’effervescence a rapidement laissé place au calme plat. Depuis ce court pic d’activité, la mise en place du confinement a fait brutalement chuter le volume des ordonnances -"qui représentent 80 à 90%" des revenus des pharmaciens selon Philippe Besset- de 20% la semaine dernière à 8,3 millions, contre 10,2 millions la même semaine en février. Sans compter les produits de parapharmacie qui "ne se vendent plus", poursuit le président de la FSPF. 

Les Français "ne viennent plus se faire soigner"

Au-delà des pharmaciens, ce sont toutes les professions libérales de la santé (dentistes, kinésithérapeutes, etc.) qui sont confrontées à la chute de leur activité depuis le début du confinement. "Les gens ont peur de sortir et ne viennent plus se faire soigner", constate Philippe Besset. "On a la fois un problème économique et un problème de santé à gérer", ajoute-t-il. 

Si la troisième semaine de mars a permis de compenser le ralentissement soudain des derniers jours, les projections de la FSPF laisse à penser que la situation ne s’améliorera pas au cours du mois d’avril avec le prolongation du confinement. D’où l’inquiétude des pharmaciens qui alertent l’Assurance maladie: "Doit-on rester ouvert?" ou au moins "adapter nos horaires d’ouverture?", demande Philippe Besset.

La fermeture, même partielle, des pharmacies pourrait poser un réel problème sanitaire alors que les officines ont vu leur rôle se renforcer ces dernières semaines en participant notamment à la distribution de masques. Elles ont aussi été exceptionnellement autorisées à renouveler les ordonnances pour les traitements de maladies chroniques. Sans oublier leur précieuse mission de conseils. 

Des aides spécifiques réclamées

Certaines pharmacies ont d’ores et déjà revu à la baisse leurs amplitudes d’ouverture et mis une partie de leurs salariés au chômage partiel. Et les plus petites d’entre elles pourraient même finir par baisser définitivement le rideau. "Il y a environ cinq salariés par officine, il faut pouvoir payer les salaires de tout le monde", explique Philippe Besset. "Il faut imaginer un nouveau mode de rémunération", affirme encore le président de la FSPF qui réclame des "dispositifs spécifiques à l’Assurance maladie dont dépend" le revenu des pharmaciens. 

Même si les officines ont la possibilité de demander des reports de crédit et de cotisation, "ces mesures ne seront pas suffisantes", estime la FSPF dans un communiqué. Pour assurer la "pérennité du réseau officinal et de l’accès aux médicaments en tout point du territoire", la fédération a demandé à l’Assurance maladie la création d’une "'aide Covid-19' qui contribuera à amortir les effets de la baisse d’activité prévisible en avril alors que les officines seront tenues de rester ouvertes et de maintenir le paiement des salaires de leurs personnels". L’Assurance maladie a dit se pencher sur un tel dispositif. 

Jeudi, le gouvernement a consenti un premier geste en attribuant aux professionnels de santé libéraux des indemnités journalières forfaitaires versées par l’Assurance maladie "afin de leur garantir un revenu de remplacement s’ils sont contraints d’interrompre leur activité en cas de maladie ou du fait des mesures d’isolement". Cette mesure s’ajoute à la possibilité pour ces mêmes professionnels de bénéficier du Fonds de solidarité de 1,2 million d’euros, du report des échéances fiscales et sociales et du dispositif d’activité partielle. 

Paul Louis