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Comment le port de Marseille-Fos veut redresser la barre après les grèves

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Le premier port de France a connu treize jours de grève entre décembre et janvier, qui lui ont coûté près de 200 millions d'euros. Marseille veut regagner la confiance de ses clients en leur proposant notamment une remise de 30% durant trois mois sur tous les frais portuaires.

Larges remises, rendez-vous d'explication avec les armateurs internationaux: le port de Marseille-Fos, premier de France, lance une offensive commerciale pour conserver ses clients dans un secteur ultraconcurrentiel, après le "trou d'air" dû aux grèves contre la réforme des retraites.

Ce plan d'action, d'un montant supérieur à 5 millions d'euros, est cofinancé par la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il prévoit également un soutien d'urgence aux entreprises affectées et à l'investissement.

"On sort d'une période de blocage importante des ports français, avec un impact économique et financier assez considérable", explique à l'AFP le président du Grand port maritime de Marseille Hervé Martel.

Entre décembre 2019 et janvier 2020, les treize journées "ports morts" auraient causé "une perte de chiffre d'affaires évaluée à 200 millions d'euros" pour le port de Marseille-Fos et ses entreprises, affirme-t-il. Sur le trafic de conteneurs, "la baisse d'activité a été de 25% sur ces deux mois". Des armateurs ont dérouté leurs navires vers Barcelone (Espagne), Anvers (Belgique) ou Gênes (Italie).

Un pacte d'engagement

Au total, 127 escales ont été annulées en décembre et janvier, indique Hervé Martel. Parmi elles, 17 arrêts prévus de navire de croisière, Marseille étant devenu un des plus importants ports méditerranéens pour cette activité, avec deux millions de passagers en 2019.

Alors qu'en mai les armateurs décideront du schéma de leurs lignes internationales marchandises, et donc de s'arrêter ou non dans tel ou tel port, Marseille propose "un pacte d'engagement" à ceux qui lui resteront fidèles.

"Les clients qui resteront ou reviendront chez nous, poursuivant la relation de confiance construite depuis 10 ans, auront droit à ces mesures", insiste Hervé Martel, qui veut "fermer la parenthèse du trou d'air". Sur la table, une remise de 30% durant trois mois sur tous les frais portuaires -pilotage, remorquage, lamanage et droits de port-, qu'ils transportent des voitures, des marchandises diverses dans des conteneurs ou dans des camions à bord de ferries (trafic dit "ro-ro"). Les responsables du port et de ses entreprises iront présenter ce plan aux grands armateurs mondiaux, asiatiques et européens.

Autre mesure, consentie cette fois-ci par les entreprises de manutention: la non-facturation des frais supplémentaires de stationnement des marchandises durant les jours de grève.

Des aides pour les entreprises touchées par les grèves

Dans le cadre de ce plan, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur consacrera deux millions d'euros à une aide d'urgence "aux entreprises impactées, afin qu'il n'y ait pas de dépôt de bilan", a expliqué à l'AFP son président Renaud Muselier. Elle débloquera par ailleurs 1 million d'euros pour financer un projet d'investissement visant à stimuler la compétitivité du port, avec "un dispositif de traitement des eaux usées autour de la réparation navale".

La place de Marseille-Fos tient à défendre sa fiabilité et montrer qu'elle n'est pas revenue au temps des grandes grèves des agents portuaires qui avaient paralysé son activité en 2005 et 2007.

"L'origine du mouvement (récent) n'était pas à Marseille, ni dans le port: c'était un mouvement national", insiste M. Martel, qui défend un port "compétitif", pourvoyeur de 41.500 emplois directs et indirects, et lui aussi "victime du conflit". "On était face à un désarroi profond de la place portuaire qui se retrouvait avec des compétiteurs très puissants disant 'Regardez, Marseille est retombée dans ses travers initiaux, vous ne vous en sortirez jamais', et avec cette opération on a balayé ce syndrome dépressif", estime Renaud Muselier.

La crainte des effets du coronavirus

Le port de Marseille-Fos accueille à la fois un trafic pétrolier et gazier destiné aux raffineries sur place, des vracs solides (charbon, etc..), mais aussi des voitures et des marchandises diverses venues par conteneurs. En 2019, il a traité plus de 79 millions de tonnes de marchandises, loin derrière les 469,4 millions de Rotterdam (Pays-Bas), le premier port européen.

Pour l'avenir, Marseille mise entre autres sur une croissance du trafic conteneurs, qui a doublé selon Hervé Martel entre 2011 et 2019. Malgré les grèves, il a progressé de 4% en 2019. Il reste toutefois dépassé par les places du nord de l'Europe et d'autres ports méditerranéens comme Athènes-Le Pirée.

Mais pour tous les ports l'incertitude est la même: les conséquences de l'épidémie de coronavirus en Chine sur l'économie mondiale.

C.C. avec AFP