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Ces entreprises européennes qui quittent la Russie

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Plusieurs entreprises européennes et britanniques ont annoncé vouloir arrêter leurs activités en Russie. D’autres réfléchissent encore avant de se désengager ou non.

Elles font partie du bouquet des sanctions occidentales contre la Russie. Les entreprises privées sont amenées à prendre position sur l’avenir de leur activité en Russie. C'est notamment le cas d'UPS et de FedEx qui suspendent les services de livraisons internationales en destination de tout le pays.

• Les géants pétroliers britanniques et norvégiens s’en vont

Les majors du pétrole vont couper les ponts avec la Russie. BP va céder sa participation de près de 20% dans le géant pétrolier Rosneft. La compagnie britannique va réduire de moitié ses réserves exploitables de pétrole et de gaz. Son concurrent national, Shell, a mis un terme à son partenariat avec Gazprom, notamment sa participation au projet gazier Sakhaline 2, et a décidé de sortir du consortium qui a financé la construction du gazoduc Nord Stream 2, reliant la Russie à l’Allemagne.

Le géant de l’énergie Equinor a annoncé l'arrêt de ses investissements en Russie et son désengagement des sociétés communes dans le pays. Il dispose d’1,2 milliard de dollars d’actifs en Russie, où il est lié depuis dix ans au pétrolier d’Etat Rosneft. Equinor est contrôlé à 67% par l’Etat norvégien, dont le fonds souverain, le plus important au monde, va boycotter la Russie en gelant ses investissements.

• Les constructeurs automobiles interrompent leur production

Le premier constructeur mondial de poids lourds, Daimler Truck, suspend “jusqu’à nouvel ordre” ses activités en Russie. L’entreprise allemande précise que cela concerne aussi une coopération “de nature civile” avec le producteur de camions Kamaz, qui fournit aussi l’armée russe.

La maison mère, Mercedes-Benz groupe dit “examiner” comment elle peut se séparer “le plus rapidement possible” de sa part de 15% du capital de Kamaz, selon le quotidien allemand Handelsblatt.

Jaguar Land Rover a annoncé ce mardi suspendre ses livraisons de véhicules en Russie. Le constructeur suédois Volvo Group a lui aussi interrompu sa production en Russie et ses ventes, rapporte Les Echos. Raisons invoquées, les sanctions européennes et la situation sécuritaire intenable dans la région. L’usine de Kaluga, à 150 kilomètres de Moscou, n’accepte plus de livraison depuis le 25 février, au lendemain de l’invasion russe en Ukraine.

L’usine de Renault près de Moscou est à l’arrêt cette semaine. 95.000 voitures y sont assemblées chaque année et sont destinés quasi-exclusivement au marché russe. Le constructeur français est aussi copropriétaire, à 68% du russe Avtovaz. Les sanctions économiques des pays européens contre la Russie pourraient amener Renault à suivre ses concurrents.

• Les entreprises qui relativisent...

Le groupe pétrolier et gazier autrichien OMV, qui cofinance Nord Stream 2 a assuré à l’AFP “évaluer constamment la situation pour prendre d’éventuelles mesures si nécessaire”. Même son de cloche du côté d’Orano. Sur BFM Business, son directeur général Philippe Knoche assure suivre le dossier de près même si “la Russie ne représente que 2% de nos échanges”, soit un impact limité.

Au total, 35 entreprises du CAC 40 sont présentes en Russie, à des degrés différents. Europe 1 rappelle que les cinq plus grandes banques françaises y sont présentes mais que seule la Société générale possède une filiale sur place, Rosbank qui possède 235 agences et deux millions de clients. La banque française relativise aussi: elle ne pèse que 2% de son activité internationale.

Les équipementiers Valeo, Michelin, Faurecia sont également présents, tout comme La Poste via sa filiale GeoPost. La famille Mulliez est très implantée avec Auchan, Décathlon et Leroy Merlin.

Safran ou encore Alstom y ont aussi des intérêts. Et puis, du côté de l'Ukraine, il y a 160 entreprises françaises, 30.000 salariés, ce qui fait de la France le premier employeur étranger.

• Engie et Total, dans le viseur de Bercy

Engie est impliquée dans Nord Stream 2. L’entreprise a transformé sa participation dans le projet en prêt, après avoir financé 10% de sa construction. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a assuré vouloir discuter de la présence d’Engie en Russie avec la directrice générale d'Engie, Catherine MacGregor.

La position de Bercy a été précisée ce mardi matin, sur France Info. “Je crois qu’il y a désormais un problème de principe à travailler avec toute personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe”.

Principale entreprise visée par cette déclaration, TotalEnergies.

Dans une déclaration, le géant français de l’énergie dit “approuver l'étendue et la force des sanctions mises en place par l'Europe et les mettra en oeuvre quelles que soient les conséquences [en cours d'évaluation] sur la gestion de ses actifs en Russie".

Le groupe réalise en Russie 3 à 5% de ses revenus totaux, a indiqué son PDG, Patrick Pouyanné. TotalEnergies est actionnaire à près de 20% du géant du gaz russe Novatek et détient une participation de 20% également dans Yamal LNG, un projet qui produit des millions de tonnes de gaz naturel liquéfié chaque année. Le groupe détient aussi une participation de 10% dans Arctic LNG 2, un projet dont la première livraison de GNL est prévue pour 2023.

Or, Bruno Le Maire souhaite que les grandes entreprises françaises ne collaborent plus avec la Russie. Une décision est donc attendue “dans les jours qui viennent”, a ajouté le ministre. Il souhaite échanger avec Patrick Pouyanné dont il rappelle qu'il a "une conscience aiguë de la gravité de la situation". Une manière de lui rappeler que prendre ses distances avec le Kremlin est inévitable.

Sofiane Aklouf