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Plus besoin de distributeur pour retirer des espèces, demandez à votre boulanger

Une directive européenne va permettre aux commerçants de donner des espèces à leurs clients lors d'un paiement par carte bancaire. Les autorités réfléchissent encore à l'encadrement de ce service pour éviter les dérives, notamment la circulation de faux billets.

Avoir besoin d'espèces sans trouver un distributeur de billets dans les environs, qui n'a jamais vécu cette galère? Heureusement, ce sera bientôt du passé car on pourra bientôt retirer de l'argent... chez son commerçant. La directive européenne sur les services de paiement (DSP 2), entrée en vigueur mi-janvier, introduit cette possibilité. Concrètement, un client a simplement besoin de régler avec sa carte un montant supérieur à celui de ses achats lors du passage en caisse, et le commerçant lui rend la différence. Un peu comme s’il lui rendait la monnaie.

Ce service, appelé "cashback", n'est pas nouveau. Dans des pays voisins comme l'Allemagne et le Royaume-Uni, il est possible d’obtenir un certain montant en espèces, dans les stations-services par exemple. En France, un système intermédiaire a été mis en place par le Crédit Agricole avec ses "Points verts". Dans les zones rurales où la banque a peu d’agences, ses clients peuvent se rendre chez un commerçant partenaire pour effectuer des opérations simples, comme retirer des billets.

Les grandes enseignes y sont favorables

Les banques n’accueillent pas la nouvelle avec grand enthousiasme, puisque la gestion des distributeurs de billets est très coûteuse. En revanche, l’instauration du "cashback" fait la bonne affaire des commerçants, surtout les enseignes de la grande distribution. "Nous le réclamons depuis longtemps, c’est une demande de nos consommateurs", indique-t-on à la Fédération du commerce de la distribution (FCD). Il faut dire qu’en se délestant d’une partie de leurs espèces, les supermarchés en réduiraient le coût de gestion. 

Avant de se réjouir trop vite, la grande distribution attend de voir les modalités de mise en place du "cashback". La tâche revient au gouvernement, qui doit publier un décret pour fixer notamment les montants minimal et maximal que les clients pourront retirer. "Il ne s’agit pas de nous transformer en distributeur de billets", prévient la FCD, dont les enseignes ont besoin de garder suffisamment d’argent liquide pour gérer les paiements en espèce. À noter que les commerçants resteront libres de proposer ou non ce service à leurs clients.

Quel plafond de retrait ?

La fixation d’un plafond est aussi importante pour lutter contre le blanchiment d’argent et la circulation de faux billets. Les autorités doivent fixer un montant assurant "un bon arbitrage entre l'intérêt de service pour le client et la prévention des risques", a insisté Jérôme Reboul, sous-directeur des banques et des financements d'intérêt général à la DG Trésor, lors d’une audition au Sénat la semaine passée.

"Le seuil doit être suffisamment bas pour écarter la remise de grosses coupures, qui sont les plus vulnérables au risque de fraude", a-t-il poursuivi.

Une concertation doit avoir lieu pour définir ce plafond. "À titre indicatif, le montant moyen de retrait dans les distributeurs automatiques est de 80 euros. Les Allemands autorisent le cashback jusqu'à 150 euros", a rappelé Jérôme Reboul.

Enfin, la Banque de France pourrait temporairement moduler le plafond, si elle observe une hausse de la circulation de faux billets ou des problèmes d’approvisionnement d'espèces.

Jean-Christophe Catalon