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BCE: jour J pour Mario Draghi

Mario Draghi va devoir utiliser d'autres moyens que la parole.

Mario Draghi va devoir utiliser d'autres moyens que la parole. - -

La Banque centrale européenne tient, ce jeudi 5 juin, sa conférence mensuelle. Son président, Mario Draghi, doit annoncer des mesures afin de relancer le crédit et lutter contre la faible inflation dans la zone euro.

Cette fois-ci la BCE ne pourra plus reculer. La Banque centrale européenne tient ce jeudi 5 juin la conférence mensuelle la plus attendue depuis celle de septembre 2012, lorsque son président Mario Draghi avait dévoilé le plan anti-crise de l'institution.

La BCE est désormais dos au mur et n'aura d'autre choix que d'agir. Plusieurs dirigeants de la banque centrale, dont Mario Draghi lui-même, ont à plusieurs reprises fait savoir que l'institution agirait ce mois de juin. Le Luxembourgeois Yves Mersch, membre du comité directeur de la banque centrale, expliquait ainsi le 20 mai dernier la probabilité pour que l'institution agisse a "sensiblement augmenté".

L'inflation loin du compte

Entre-temps, les récentes données statistiques ont accentué la pression mise sur les épaules de Mario Draghi et de ses collègues.

Les indices PMI de Markit ont montré un ralentissement de la croissance en zone euro. Surtout, l'inflation a de nouveau chuté au mois de mai, selon la première estimation d'Eurostat livrée mardi 3 juin. A 0,5%, les prix dans l'Union monétaire sont à leur plus bas depuis la crise de 2008 et reste très éloigné des 2% visés par la BCE.

De fait, lors de sa conférence Mario Draghi devrait annoncer une révision à la baisse des prévisions d'inflation de la BCE, qui a communiqué ce jeudi de nouvelles estimations pour les années 2014, 2015,2016.

Lors de leur première publication, en mars dernier, l'institution européenne avait déjà surpris en annonçant tabler sur 1% en 2014, 1,3% 2015 et 1,5% en 2016. Un aveu d'impuissance puisque la BCE louperait trois années de suite son objectif de 2%. Et l'institution basée à Francfort devrait encore miser sur de plus mauvais chiffres ce jeudi.

Conséquence des élections

Les conditions économiques sont donc réunies pour que Mario Draghi dégaine. "Après avoir tant promis, il est peu probable qu'il s'en tire avec simplement des mots", corrobore Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC, qui prévient toutefois que le risque d'inaction de la BCE "n'est pas de zéro".

Mais la quasi-totalité des économistes anticipent au moins deux mesures: une baisse du taux de refinancement de 0,10% et une diminution symétrique du taux de dépôt, qui deviendrait alors négatif. La BCE pourrait utiliser d'autres cartouches telles qu'un nouveau prêt de long terme (LTRO) conditionné à des engagements sur le crédit de la part des banques.

Par ailleurs, une dernière raison pourrait pousser la BCE à agir que Mario Draghi ne reconnaîtra probablement pas: les résultats des élections européennes. Avec la montée des partis eurosceptiques et europhobes, la BCE sait que les citoyens font preuve de défiance vis-à-vis des institutions européennes. Même si la BCE est plus épargnée que la Commission de Bruxelles...

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Julien Marion