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Enchères 5G: pourquoi la France obtient deux fois moins d'argent que l'Allemagne ou l'Italie?

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Image d'illustration - Lionel BONAVENTURE / AFP

Les opérateurs télécoms français ont fait preuve de modération par rapport à leurs voisins allemands et italiens où les enchères ont dépassé les 6 milliards d'euros.

Après seulement trois jours d'enchères, les quatre opérateurs français se partagent donc 11 blocs de fréquences 5G. Le gain pour l'Etat est un plus élevé que prévu à 2,8 milliards d'euros contre 2,17 milliards attendus.

Cette modération des enchères est une bonne nouvelle pour les opérateurs, mais quelque part également pour l'Etat qui voulait éviter une flambée des enchères. La raison: préserver leur capacité à investir, laisser suffisamment de marge de manoeuvre aux opérateurs pour déployer le réseau 5G (dont les licences impliquent des objectifs de couverture ambitieux) et assurer leurs autres dépenses: l'entretien des réseaux fixes et mobiles et la poursuite des déploiements 4G et fibre optique.

Rappelons que chaque année, les opérateurs télécoms français investissement pas moins de 10 milliards d'euros dans les réseaux, hors achats de fréquence. Alors que le marché est toujours plus compétitif et que les revenus globaux du secteur ont tendance à baisser, l'objectif du gouvernement (et des acteurs du marché) était bien d'éviter la fambée des enchères. D'autant plus que certains de nos opérateurs se positionnent également sur les enchères d'autres pays comme Orange en Espagne ou Free en Italie.

Flambée

Cette flambée, on l'a néanmoins observée chez certains de nos voisins européens. En Allemagne, les enchères ont duré 52 jours (!) et ont rapporté à l'Etat plus de 6,5 milliards d'euros. La vente concernait des fréquences radio dans les bandes 2 GHz et 3,6 GHz mais surtout 41 blocs de spectre (420 Mhz) contre 11 en France (110 Mhz).

Mais la joie des vainqueurs s'est très vite transformée en questionnement. "Le prix aurait pu être beaucoup plus bas. Encore une fois, le spectre en Allemagne est beaucoup plus cher que dans d’autres pays. Les opérateurs de réseau n’ont plus les fonds nécessaires pour développer leurs réseaux. On aurait pu construire environ 50.000 nouveaux sites mobiles et mettre fin à de nombreuses zones blanches", commentait Dirk Wössner, membre du conseil d’administration de Deutsche Telekom, dans un communiqué. Exactement ce que la France voulait éviter.

Même cause et mêmes effets en Italie. Les enchères 5G ont rapporté 6,5 milliards d'euros à l'Etat contre 2,5 milliards d'euros attendus. Très vite, les observateurs s'inquiètent d'une industrie plombée à long terme.

Une maximisation des recettes risquée

Une augmentation des prix des abonnements n'étant plus vraiment une possibilité (notamment dans ce pays où Iliad/Free est présent), le risque c'est de voir des opérateurs, obligés de s'endetter pour obtenir les sésames, couper dans leurs coûts et licencier.

L'Etat italien a choisi de maximimiser à court terme ses recettes (notamment à travers la procédure d'enchères très différente de celle opérée en France par exemple) et pourrait à terme s'en mordre les doigts. Les syndicats du pays ont ainsi dénoncé des "enchères irresponsables et frénétiques, sans analyse entre l’investissement et les hypothétiques revenus qui pourront être tirés des services".

Car pour tous ces opérateurs qui ont lâché des milliards, le modèle économique de la 5G reste à prouver, voire à déterminer. Elle n'a pas vocation à révolutionner les usages grand public comme la 4G en son temps. Ce qui impliquera un rythme d'adoption bien plus lent. Et donc un retour sur investissement tout aussi lent.

La France n'est pas le seul pays à avoir choisi la carte de la modération afin de préserver la capacité d'investissements des opérateurs. En Espagne, les enchères ont par exemple rapporté 437 millions d'euros (mais les fréquences 700 Mhz n'ont pas encore été attribuées) ou 1,2 milliard d'euros aux Pays-Bas.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business