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En voulant moderniser ses chars, l’armée belge les a rendus inutilisables

Un char de type Pandur

Un char de type Pandur - Böhringer Friedrich/Wikipédia

L'armée belge a entamé en 2016 la rénovation de 44 chars pour 30 millions d'euros. Problème, les modifications apportées ont réduit l'espace dans l'habitacle et rendraient ces véhicules blindés inutilisables.

En 2016, l’armée belge engageait 30 millions d’euros pour la modernisation de 44 chars de type Pandur dédiés au commandement, au service médical et à la reconnaissance. Mais quatre ans plus tard, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

Selon des documents internes du ministère de la Défense belge révélées par la RTBF, plusieurs anomalies ont été constatées après les travaux de rénovation de ces engins achetés en 1996. Parmi les modifications apportées: le blindage ou encore l’air conditionné.

Moins d'espace dans l'habitacle

Or, ces modernisations ont réduit l’espace dans l’habitacle du véhicule blindé. Au point que les militaires ont désormais du mal à appuyer sur les pédales et même à s’introduire ou à sortir du char. Résultat, les véhicules ne sont pas opérationnels en l'état. Selon la RTBF, seuls les militaires de moins de 1,70 mètre peuvent les diriger de manière confortable. La Défense belge a indiqué étudier le problème avec le constructeur suisse des blindés.

Membre du parti Ecolo, Julie Chanson regrette de voir "l’argent jeté par les fenêtres". "Manifestement, cette décision du Ministre de la Défense de l’époque, Steven Vandeput, de moderniser le Pandur plutôt, par exemple, de le remplacer par d’autres véhicules de reconnaissance, était une ineptie. Elle a conduit à une dépense inutile de 30 millions d’euros", a-t-elle déclaré.

Le ministère de la Défense réagit

Face à ces accusations, le ministère de la Défense belge a tenu à relativiser. Il a notamment affirmé que la modernisation s’achèvera comme prévu en 2023, date à laquelle les véhicules seront opérationnels.

"La seule chose qui est particulière à ce programme-ci, c’est qu’en fait comme on a des industriels différents, ce n’est pas l’ancien véhicule qui rentre au début de la chaîne et qui sort complètement fini à la fin, ce que l’on a ce sont des étapes intermédiaires, et clairement après la première étape, le véhicule n’est pas directement utilisable. Dire que ce véhicule-là est le véhicule que l’on va mettre en opération, ça n’a pas de sens. Il ne sera prêt qu’une fois qu’il aura subi l’ensemble des modifications", a expliqué auprès de la RTBF l’amiral Yves Dupont, responsable des systèmes d’armes de la défense.

Quant à la taille limite de 1,70 mètre pour pouvoir diriger convenablement le véhicule, la Défense dément, expliquant qu’il s’agit d’une moyenne basse qui s’applique à plusieurs blindés. "Dans ce genre de véhicule, on a des limitations sur la taille depuis longtemps", indique l’amiral Yves Dupont.

Paul Louis