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Les syndicats sont-ils devenus fous?

La CGT comme FO refusent la remise en cause des RTT aux hôpitaux de Paris

La CGT comme FO refusent la remise en cause des RTT aux hôpitaux de Paris - Thomas Samson-AFP

Grève à Air France ce lundi avant celle à la SNCF et à l'Education nationale jeudi, refus de la CGT et de FO de reprendre cette semaine les négociations sur le temps de travail aux hôpitaux de Paris: les syndicats sont sur tous les fronts.... du refus. Mais que défendent-ils exactement?

Air France, SNCF, Education nationale, médecins, hôpitaux de Paris.... La semaine sociale s’annonce chargée à défaut d’être chaude. Les syndicats vont faire parler d’eux, mais vont-ils se faire entendre? Et de qui?

Passons sur la grève à Air France où tout a été dit sur le corporatisme des pilotes. Ou celle de jeudi à la SNCF contre "la réforme des retraites, du droit du travail et du système ferroviaire". Un mot d’ordre tellement vague qu’il en est banal. Au point où ils en sont, les syndicats auraient pu rajouter la défense des langues vivantes ou le refus des intempéries dans le midi.

Car ce n’est pas en multipliant les appels à la grève qu'ils vont se rabibocher avec les Français qui sont... moins de 8% à adhérer à une organisation syndicale. L'un des plus faibles taux en Europe, faut-il le rappeler. 

Les salariés disent oui, les syndicats non

Prenons plusieurs exemples de ce dialogue de sourd. Le premier, c’est l’usine Smart, en Moselle. Lors d’un référendum organisé voici quelques semaines par la direction, une majorité de salariés se prononce pour le passage aux 39 heures avec un petit complément de salaire. Que font alors les syndicats dits représentatifs ? Ils refusent de signer ce passage aux 39 heures. Allez comprendre. 

Mercredi soir, on connaîtra le résultat du "référendum" organisé par la direction de Séphora pour faire travailler ses salariés la nuit sur les Champs Elysées. Plusieurs syndicats se sont déjà opposés à cette possibilité. Iront-ils jusqu'à bloquer un possible accord? 

Valls passe en force

Autre exemple. Le gouvernement propose aux fonctionnaires un plan de revalorisation de leurs carrières qui se traduira dès 2016 par des hausses des salaires et des retraites. Que font la CGT et FO ? Elles refusent de signer, ce qui a obligé, la semaine dernière, Manuel Valls à passer en force pour faire entrer en vigueur son projet.

Or, selon la Cour des comptes, ce plan, c’est près de 5 milliards d’euros de pouvoir d’achat en plus par an pour les fonctionnaires. Ce n’est peut-être pas assez pour la CGT et FO qui le contestent, mais au moins ils auraient pu reconnaître que cela n'était pas négligeable. Surtout pour les contribuables qui le financeront. 

RTT contre emplois

Dernier exemple: ce lundi matin: Martin Hirsch, le patron de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) entame officiellement les négociations sur l'aménagement du temps de travail dans les hôpitaux parisiens. Accord ou non, il veut aboutir avant décembre. 

On sait que celui qui a été directeur-adjoint de cabinet de Martine Aubry au ministère du Travail veut échanger, si l’on peut dire, des jours de repos contre le maintien de l'emploi, et une amélioration de l'organisation du travail dans les hôpitaux parisiens.

Même les syndicats dénoncent depuis des lustres l'incohérence des emplois du temps et l'impossibilité pour les agents de prendre toutes leurs RTT en raison de la spécificité de l'activité hospitalière. 

Pourtant, là aussi, une majorité de syndicats, de la CGT à FO en passant par SUD-santé, dénoncent les projets de Martin Hirsch et jouent la surenchère en réclamant des embauches pour ne pas toucher aux RTT. Comme s'ils ne savaient pas que faute d'accord, ce sont des postes en moins dont disposera l'Assistance publique...

La leçon de tout cela, c'est qu'il sera de plus en plus difficile aux syndicats de dénoncer les stratégies de contournement de leur rôle et de leur influence. S'ils en ont encore une. 

P.C