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Gattaz et son smic jeunes suscitent un tollé

La proposition de Pierre Gattaz, ici à Bruxelles le 14 avril, a créé la polémique.

La proposition de Pierre Gattaz, ici à Bruxelles le 14 avril, a créé la polémique. - -

Pour favoriser l'insertion professionnelle des jeunes, Pierre Gattaz a préconisé, ce mardi 15 avril, un salaire transitoire inférieur au Smic. Une mauvaise idée pour la plupart des responsables politiques, qu'ils soient social ou libéral.

L'incompréhension, à droite comme à gauche, persiste ce 16 avril, au lendemain de la proposition polémique de Pierre Gattaz, président du Medef, d'instaurer de manière temporaire un salaire transitoire inférieur au Smic. Un moyen selon lui de permettre notamment aux jeunes d'entrer sur le marché du travail.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre du droit des femmes, de la ville et de la jeunesse, évoque ce mercredi une "provocation inutile". Déjà mardi, elle avait indiqué que le gouvernement était "fermement opposé" à une telle mesure. "Le sujet de l'emploi des jeunes mérite mieux que cela. Je verrai prochainement Pierre Gattaz pour lui en parler".

"Quand je rencontre des chefs d'entreprises, il ne me disent jamais que ce qui les empêche d'embaucher un jeune c'est que le Smic soit trop élevé", a-t-elle assuré. "En revanche, ce que me disent les chefs d'entreprises en question, c'est qu'il ne trouvent pas nécessairement les jeunes avec la bonne formation".

Peut-être pas la première piste

Pourtant bien plus libéral, Yves Jego (UDI) est sur la même ligne qui consiste à accoître le recours à l'apprentissage en priorité. "Je ne pense pas que ce soit en dégradant les conditions sociales qu'on va relancer la croissance", a estimé le dépuré centristes.

Nathalie Kosciusco-Morizet (UMP), elle, est moins catégorique. "Toutes les solutions, toutes les idées doivent pouvoir être étudiées" contre le chômage des jeunes, a-t-elle déclaré ce mercredi.

"Maintenant, a nuancé la députée de l'Essonne, je suis un peu dubitative quand je vois Pierre Gattaz dire que ça va permettre de réinsérer dans l'emploi des marginaux, par exemple. Je connais un peu le sujet de l'emploi des SDF, ce n'est pas une question de niveau du Smic. Baisser le niveau de salaire plutôt que de s'attaquer au niveau des charges, ce n'est quand même peut-être pas la première piste", a ajouté NKM.

Proposer un salaire en dessous du Smic s'apparente à une logique esclavagiste.
— Laurence Parisot (@LaurenceParisot) April 15, 2014

Plus de flexibilité sur le marché du travail

Les syndicats se sont également insurgé. "On rentre dans la provocation et l'indécence, c'est inacceptable", s'est insurgé sur i-Télé le numéro un de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly. "Avec le Smic transitoire, Pierre Gattaz ressort une idée du passé. Visiblement les mauvaises idées ne sont jamais transitoires", a réagi le numéro un de la CFDT Laurent Berger. De son côté, le vice-président de la CFTC, Joseph Thouvenel, a déclaré à l'AFP sa totale opposition à "toute remise en cause du salaire minimum".

Même Laurence Parisot a, sur Twitter, fortement décrié la mesure. Elle estime que cette proposition s'apparente "à une logique esclavagiste".

"Il vaut mieux quelqu'un qui travaille dans l'entreprise avec un salaire un peu moins élevé que le Smic, de façon temporaire et transitoire, plutôt que de le laisser au chômage", a déclaré Pierre Gattaz.

"Avec un niveau de chômage à 11%, cela fait partie des pistes à explorer", a estimé le patron du Medef qui souhaite en débattre "avec le gouvernement et les partenaires sociaux".

Pierre Gattaz s'est dit en accord avec Pascal Lamy, ex-directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a plaidé il y a deux semaines pour plus de "flexibilité" sur le marché du travail, avec notamment des "petits boulots" payés en dessous du Smic.

D. L. avec AFP