BFM Business

Faillite de Fagor-Brandt: le modèle Mondragon en cause?

Le modèle de scop comme Mondragon est-il condamné?

Le modèle de scop comme Mondragon est-il condamné? - -

Fagor Electrodomesticos a déposé le bilan le 13 novembre. Le modèle coopératif unique au monde du mastodonte Mondragon, dont fait partie la scop d'électroménager, est de ce fait montré du doigt. A raison?

Fagor Electrodomesticos sort du giron de Mondragon, la huitième entreprise d'Espagne. Le groupe dont fait notamment partie le Français Fagor-Brandt a déposé le bilan le 13 novembre. Endetté à plus de 800 millions d'euros, le cinquième fabricant européen d'électroménager a dû se rendre à l'évidence. D'autant que la super-structure fédératrice de scops dont il fait partie a refusé sa demande de renflouement à hauteur de 170 millions d'euros.

Cette affaire soulève des questions sur la responsabilité et les valeurs coopératives du géant Mondragon, un modèle unique au monde par sa taille, son internationalisation et sa surpuissance.

> Comment fonctionne Mondragon?

Ce mastodonte est le plus vaste réseau de sociétés coopératives au monde, avec environ 110 entités. Il prône des valeurs démocratiques, de redistribution, de mise en avant de l'humain et de vision de long terme.

Concrètement, les profits des scops ne sont pas répartis vers des actionnaires mais conservés dans des "réserves impartageables, des fonds destinés à être réinvestis", explique Stéphane Bossuet, directeur de structure coopérative en France. Un "matelas de trésorerie" sur lequel les scops se reposent pendant les crises. Une autre partie est reversée aux salariés sous forme de participation.

Même principe pour le processus de décision. La stratégie globale est débattue en assemblée générale dans chaque scop, explique Bruno Roelants, secrétaire général de la confédération de scops européenne Cecop-Cicopat. En congrès annuel, les délégués de chaque unité votent au nom de l'antenne qu'ils représentent.

En revanche, les décisions ponctuelles et concrètes, comme l'opportunité de racheter une nouvelle entreprise, ou le choix de ne pas soutenir le plan de Fagor, sont prises par le conseil d'administration (élu) de Mondragon en suivant ces grands principes.

> Quelle responsabilité a Mondragon dans la faillite de Fagor?

"Mondragon n'est pas une maison-mère mais une maison-fille", souligne Bruno Roelants. "Elle n'est qu'une émanation des coopératives, leur instrument".

Elle dépense néanmoins beaucoup pour les entités qu'elle fédère, suivant "le système compensatoire", un des grands principes votés démocratiquement. "La super-structure doit compenser la moitié du déficit des scops dont les résultats sont négatifs".

Mondragon a ainsi versé plus de 300 millions d'euros à Fagor Electrodomesticos. Mais finalement, la décision de son non-sauvetage a été prise en suivant les règles générales édictées par les sociétés-membres, souligne Bruno Roelants.

> Quel avenir pour les travailleurs de Fagor?

Fagor devient la onzième entreprise, depuis la création de Mondragon, à jeter l'éponge. "Jamais aucun salarié associé (qui détient une part du capital social de l'entreprise) n'est resté sur le carreau", affirme Bruno Roelants.

Les salariés sociétaires de coopératives qui supprimaient des postes ont toujours continué à toucher 80% de leur salaire au moins, grâce à la retraite anticipée, au chômage partiel ou aux réaffectations dans d'autres branches.

Les "travailleurs associés" de chez Fagor vont bénéficier de ces mesures de reclassement. Mais cette mesure ne concerne qu'un millier de salariés sur 5.642 employés de Fagor Electrodomesticos à travers le monde. Les travailleurs temporaires, ceux qui officient en dehors du pays basque espagnol et ceux qui ne sont pas sociétaires n'en bénéficieront pas…

> Les valeurs du modèle coopératif en cause?

Mondragon avait identifié un problème sur l'électro-ménager dès 2010. Il avait été collectivement décidé de produire davantage pour des marchés plus porteurs, mais "le coût du travail dans les usines des pays matures ne permet pas d'être suffisamment compétitif".

La compétitivité, une valeur plus souvent défendue par les libéraux que par les acteurs de l'économie sociale et solidaire. "Il n'y a pas de modèle parfait", admet le secrétaire général de Cecop-Cicopat. Mondragon se place "dans une économie réelle", elle n'a pas le choix si elle veut survivre à la mondialisation, à la concurrence accrue, estime Bruno Roelants.

Toutes les entreprises que rachète Mondragon ne sont pas immédiatement coopérativisées. Si bien qu'un tiers seulement des près de 300 sociétés du groupe sont des scops. Pas de quoi choquer Jacques Landriot, le president élu de Chèques-déjeuner, la coopérative française, qui grossit elle aussi via le rachat d'entreprises. Avant de coopérativiser, il faut "rentabiliser l'investissement, le but d'une coopérative est d'abord de faire du profit. La différence, c'est comment il est redistribué".

Le titre de l'encadré ici

|||

Mondragon:

> 80.321 employés

> Présence dans 20 pays (dont Brésil, Inde, Chine, Thaïlande, Mexique..)

> 289 entités

> 110 coopératives,

> 85% de coopérateurs selon le groupe, 40% selon des études

> 15 milliards d'euros de résultats nets

> Secteurs industriel, bancaire et de la recherche

Fagor Electrodomesticos:

> 5.642 salariés

> 13 usines

> 5 pays

> Fagor-Brandt en France: 1.800 salariés sur 4 sites

Nina Godart