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EDF implantera-t-il sa piscine pour déchets nucléaires à La Hague en Normandie?

"Nous avons demandé à Orano une étude de faisabilité pour la construction de ce centre à La Hague" explique EDF.

"Nous avons demandé à Orano une étude de faisabilité pour la construction de ce centre à La Hague" explique EDF. - Charly Triballeau - AFP

EDF envisage d'implanter sa future piscine pour entreposer des combustibles nucléaires usés sur le site de La Hague. Un dossier urgent en raison des risques de saturation des sites d'entreposage actuels d'ici 2030.

Le site de La Hague ,et la presqu'île du Cotentin (Manche), va rester une territoire très "nucléarisé". Outre les réacteurs EPR en construction, dont la mise en service a été retardée, et l'usine de retraitement, le site de La Hague pourrait accueillir une piscine d'entreposage de déchets nucléaires. La durée d'exploitation d'un telle installation avoisine une centaine d'années.

Elle se justifie car les réacteurs électronucléaires qui produisent plus de 70% de l’électricité française ont besoin de pouvoir évacuer leurs combustibles usés vers de tels lieux d’entreposage.

L'ASN a alerté EDF dès 2011 sur les risques de saturation

Alors que les piscines d'entreposage de La Hague risquent d'arriver à saturation autour de 2030, EDF projette depuis longtemps la construction d'un nouveau bassin. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui évoque une saturation des capacités d'entreposage "entre 2025 et 2035", juge urgent de lancer ce projet, qu'elle devra auparavant autoriser.

L’ASN avait appelé l’attention d'EDF dès 2011 sur la perspective de saturation des capacités d'entreposage de ces combustibles usés.

Le choix du site de Belleville-sur-Loire (Cher) a été abandonné

"On a demandé à Orano de réaliser une étude de faisabilité pour l'implantation d'une nouvelle piscine d'entreposage à La Hague", a indiqué une porte-parole d'EDF. Orano doit remettre son étude d'ici la fin de l'année. "Sur la base de cette étude, on prendra une décision", a ajouté EDF, qui n'a encore sélectionné aucun site.

L’installation envisagée, selon l'ASN, est une piscine à même d'entreposer 10.000 tonnes de métal lourd, correspondant à environ 21.000 assemblages combustibles. Elle serait constituée de deux bassins d’entreposage identiques, dont la mise en service serait échelonnée dans le temps.

L’installation envisagée par EDF est une piscine constituée de deux bassins d’entreposage, de capacité et de conception identique, dont la mise en service serait échelonnée dans le temps.
L’installation envisagée par EDF est une piscine constituée de deux bassins d’entreposage, de capacité et de conception identique, dont la mise en service serait échelonnée dans le temps. © EDF

La localisation de cette nouvelle piscine centralisée a fait l'objet de beaucoup de spéculations, le nom de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher) étant souvent évoqué. Mais EDF a indiqué avoir finalement renoncé à ce site.

En France, les combustibles nucléaires usés sont entreposés en piscine quand ils sortent du réacteur très chauds et radioactifs, d'abord quelques années dans l'enceinte de la centrale puis sur le site Orano de La Hague avant leur éventuel traitement.

"Construire une telle installation, ça va prendre 10 ans"

"Le problème est connu depuis longtemps et construire une telle installation, ça va prendre dix ans. Donc c'est vraiment urgent", estimait récemment le président de l'ASN Bernard Doroszczuk devant des parlementaires.

"En régime normal, sans aléa, la saturation arrive autour des années 2030", a aussi souligné jeudi dernier Jean-Christophe Niel, directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) lors d'une audition.

Le liner métallique des futurs bassins, "point sensible pour la sûreté"

Une fois le site retenu, EDF devra vérifier que les niveaux d’aléas retenus pour les agressions externes sont appropriés, rappelait l'ASN en 2019.

De son côté, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, dans son avis du 30 juillet 2019, estimait que "le système d'étanchéité retenu pour les bassins -à savoir un liner métallique fixé sur une structure en béton-, est un point sensible pour la sûreté. L'IRSN estime qu'EDF doit poursuivre sa réflexion sur cet élément dans la suite de son projet."

Frédéric Bergé