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Grâce à ses découvertes sur le cancer, un Français est couronné inventeur européen de l’année

Il s’appelle Jérôme Galon, il est directeur de recherche à l’Inserm et a inventé une manière de prédire l’évolution d’un cancer chez les patients. Cette innovation lui a permis de décrocher le prix de l’inventeur européen de l’année décerné par l’Office européen des brevets.

Pourquoi un cancer se répand avec agressivité chez un patient donné, et nettement moins vite chez un autre ? Jusqu’à présent, le monde médical considérait comme seules responsables les spécificités de la tumeur. Mais un Français a trouvé une autre cause, bien plus prégnante pour prédire comment le cancer va évoluer chez chaque malade. Grâce à cette découverte, Jérôme Galon a décroché le prix de l’Office européen des brevets (OEB) dans la catégorie "Recherche", décerné ce jeudi.

Ce prix vient couronner un travail scientifique de long cours, entamé en 2000. Jérôme Galon est alors directeur de recherche en immunologie à l’Inserm. Et à l’époque, la recherche contre le cancer se concentre sur les cellules cancéreuses et leur destruction. Mais le Français est persuadé que c’est du côté des cellules immunitaires, les globules blancs, qu’il faut chercher des réponses.

Des traitements mieux adaptés à chacun

En 2006, le chercheur parvient à établir scientifiquement que le facteur le plus essentiel dans la progression du cancer chez un patient n’est pas la tumeur en elle-même, mais bien le système immunitaire du patient. Concrètement, Jérôme Galon découvre que "plus il y a de globules blancs capables de détruire les cellules cancéreuses dans la tumeur, moins le cancer se répand, et plus les chances de survie du malade sont élevées".

À partir de cette découverte, le chercheur à l’Inserm a développé l’Immunoscore. Un outil de diagnostic qui permet de mesurer précisément la résistance immunitaire de chaque patient atteint d’un cancer, et donc de mieux prédire leur espérance de vie et le risque de récidive chez chacun.

Le scientifique dépose un premier brevet en 2005, et encore 15 autres dans les années qui suivent, pour divers autres aspects de son invention. Aujourd’hui, des médecins d’une vingtaine de pays utilisent cette technologie pour adapter le traitement des malades. Ils peuvent ainsi épargner à celui qui a un immunoscore élevé des traitements très lourds dont il n’a pas besoin, et dont les effets secondaires sont dangereux.

En revanche, celui dont la réponse immunitaire est faible pourra se voir prescrire, plutôt qu’une chimiothérapie, une immunothérapie. "Ces nouvelles façons de traiter le cancer se concentrent sur la réactivation des cellules immunitaires", explique Jérôme Galon. Les pionniers de l’immuno-oncologie (l'immunothérapie appliquée au traitement des cancers) ont d’ailleurs obtenu le Nobel de médecine 2018.

Alors que 10 millions de personnes sont mortes d’un cancer l’an dernier, l’invention de Jérôme Galon répond strictement à la première exigence de l’OEB pour décerner ses prix. À savoir que l’innovation doit apporter "des réponses aux grands défis de notre temps". Mais cela ne suffit pas.

Un marché de 1,2 milliard d'euros

Pour être primée, l’invention doit être devenue un succès commercial alimentant "la croissance économique et la création d'emplois en Europe". C’est le cas pour celle de Jérôme Galon. Le chercheur a fondé en 2014 la société HalioDX qui commercialise le brevet de l’Immunoscore. L’entreprise basée à Marseille a ouvert un second laboratoire aux États-Unis en 2018, et emploie aujourd’hui 160 personnes. Son marché potentiel est évalué à 1,2 milliard d’euros.

De son côté, l’OEB ne récompense pas financièrement les primés, qui reçoivent seulement un trophée en forme de voile de bateau. Mais les retombées économiques devraient bien être au rendez-vous pour les lauréats. Jérôme Galon s’attend ainsi à ce que son prix lui apporte "de la visibilité auprès des scientifiques, des médias et des patients, et donc des répercussions positives pour mon laboratoire et ma société".

Comme chaque année, quatre autres chercheurs et groupes de recherche vont eux aussi bénéficier de cette nouvelle notoriété, après avoir été primés dans d'autres catégories. Pour cette 14e édition, au côté de Jérôme Galon, les lauréats sont :

  • Deux Autrichiens qui ont mis au point un recyclage plus efficace du plastique pour la catégorie "Industrie"
  • Un Japonais qui a amélioré les batteries lithium-ion dans la catégorie "pays non-membre de l’OEB".
  • Un Néerlandais qui a inventé un revêtement pour bateau qui permet d’économiser 40% de carburant dans la catégorie "PME".
  • Et enfin une Espagnole qui a trouvé un moyen de mieux étudier l’ADN et le génome humain dans la catégorie "Œuvre d’une vie".
Nina Godart