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Droits de douane: l'audacieux plan britannique en cas de "Brexit dur"

Londres a dévoilé ce mercredi le régime douanier temporaire qu'il compte appliquer en cas de sortie de l'Union européenne sans accord. Ce dernier prévoit d'exonérer de droits de douane 87% des importations britanniques.

Les Britanniques assurent leurs arrières. Au lendemain du rejet de l'accord sur le Brexit par la Chambre des Communes, le gouvernement a détaillé le nouveau régime douanier qui serait mis en place de façon temporaire, pendant douze mois maximum, en cas de sortie de l'Union européenne sans accord, le temps de mettre en place un système douanier permanent. 

"Si nous quittons l'UE sans accord, nous supprimerons la majorité de nos droits de douane, tout en les maintenant pour certaines industries les plus sensibles", a déclaré le secrétaire d'État britannique à la politique commerciale, George Hollingbery. 

Suppression et baisse des droits de douane

Concrètement, l'essentiel des importations britanniques (87% en valeur) seraient exonérées de droits de douane dans l'hypothèse d'un "no deal", contre 80% aujourd'hui. Plus précisément, 82% des importations en provenance de l'Union européenne ne seraient pas soumises à des droits de douane, contre 100% aujourd'hui. Les 27 seraient donc provisoirement perdants sur le plan commercial. À l'inverse, 92% des importations en provenance du reste du monde ne seraient plus taxées, contre 56% actuellement. Le Royaume-Uni s'ouvrirait ainsi davantage au marché mondial. 

Les produits concernés par la suppression des droits de douane seront notamment l'aluminium, l'acier, les télévisions, les tapis, les armes et munitions, les chaussures, le papier... D'autres feront l'objet d'une baisse drastique des droits de douane. C'est par exemple le cas des produits textiles (8 à 0,9%), du verre (5 à 0,2%), des produits céramiques (4,8 à 1,2%). 

Protéger les producteurs et limiter la hausse des prix

Certaines productions alimentaires feront figure d'exception et afficheront un niveau de droits de douane plus élevé, à l'image du boeuf (53% du taux européen en vigueur pour les pays tiers), le porc (13% du taux européen), la volaille (60% du taux européen) ou encore le beurre (32% du taux européen).

L'objectif de cette décision est double. En introduisant des droits de douane sur les produits alimentaires importés de l'Union européenne, le Royaume-Uni cherche à protéger ses producteurs locaux de la concurrence étrangère. Dans le même temps, la baisse des droits de douane pour les états non-membres de l'UE permettrait de limiter la flambée des prix et le risque de pénurie. 

Il faut dire que les Britanniques importent 50% de leurs produits alimentaires. Or, le rétablissement des règles de l'OMC impliquant des tarifs douaniers plus élevés aurait entraîné une hausse des prix des denrées avec une facture estimée à 9 milliards de livres pour les consommateurs. 

Réduire le risque de délocalisations

A travers cette stratégie unilatérale, Londres tente aussi de rassurer les grands groupes étrangers installés au Royaume-Uni en donnant l'image d'un pays encore plus libéral.

Le gouvernement veut en effet limiter les risques de fermetures d'usines. Pour ce faire, il a notamment envoyé un signal fort aux constructeurs automobiles en indiquant qu'ils ne seraient "pas soumis à des droits de douane supplémentaires sur les pièces importées de l'UE afin d'éviter toute perturbation des chaînes d'approvisionnement", a ajouté George Hollingbery. Les voitures finies en revanche seront taxées à 10%.

Mettre l'UE au pied du mur

Cette décision permet enfin au Royaume-Uni de mettre l'Union européenne au pied du mur. Avec ce nouveau plan, les dirigeants britanniques veulent montrer que, même sans accord avec le bloc des 27, ils seront en mesure de reprendre les rênes de leur politique commerciale pour éviter une déroute sur le plan économique. 

Si le scénario d'un Brexit sans accord venait à se produire, la réponse européenne à ces annonces sera évidemment observée de près. Pour l'heure, le porte-parole de la Commission européenne Margaritis Schinas a fait savoir que l'Union européenne tenait "compte de cette liste de droits de douane proposée" et qu'elle sera analysée pour s'assurer de sa "conformité [...] au regard du droit de l'OMC et du droit communautaire". 

Et d'ajouter qu'en cas d'absence d'accord, "l'UE appliquera son régime commercial normal" envers le Royaume-Uni, à savoir "les règles qui prévalent sur le plan international". L'Union européenne devrait donc rétablir son tarif douanier commun qu'elle applique pour les pays tiers, à moins qu'elle ne décide en plus des mesures de rétorsion.

Pas de contrôle à la frontière irlandaise

Le gouvernement britannique a précisé que ce nouveau régime ne s'appliquerait pas aux importations en provenance de pays avec lesquels le Royaume-Uni aura déjà conclu un accord de libre-échange (comme la Suisse par exemple), ainsi qu'à environ 70 pays en développement qui ont un accès préférentiel au marché britannique.

Le gouvernement a également affirmé qu'il n'appliquerait pas de droits de douane et n'effectuerait pas de contrôles douaniers sur les biens transitant par la frontière nord-irlandaise.

Paul Louis