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Déficit budgétaire: l'Italie et Bruxelles vont-ils réussir à s'entendre?

Matteo Salvini (Ligue), le président du Conseil Giuseppe Conte et Luigi di Maio (Mouvement 5 étoiles).

Matteo Salvini (Ligue), le président du Conseil Giuseppe Conte et Luigi di Maio (Mouvement 5 étoiles). - Filippo Monteforte - AFP

Le gouvernement italien avait trois semaines pour présenter à la Commission européenne un nouveau budget pour l'année 2019. C'est ce mardi que Rome doit rendre sa copie. La volonté de la coalition de tenir coûte que coûte ses promesses de campagne laisse peu de chances à l'éventualité d'une inflexion sérieuse.

Le jour J est arrivé. Après avoir rejeté le budget 2019 fin octobre, la Commission européenne avait donné trois semaines au gouvernement italien pour lui présenter une nouvelle copie. C'est ce mardi 13 novembre que la réponse doit être adressée.

Le Premier ministre Giuseppe Conte a rencontré séparément lundi les deux leaders de la coalition: le ministre de l'Intérieur et leader de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini et le ministre du Travail et leader des 5 étoiles (anti-système) Luigi Di Maio. Le premier a jugé l'entrevue "positive".

Une réunion commune, en compagnie du ministre des Finances Giovanni Tria, partisan d'un budget plus proche des clous budgétaires européens, devait également se tenir le même jour. Finalement, elle aura lieu ce mardi, lorsque le Premier ministre Conte reviendra d'une conférence sur la Libye à Palerme, selon les informations de l'agence italienne Ansa

Rome ne veut pas changer "d'une virgule"

Lors de l'Eurogroupe lundi dernier, le ministre des Finances italien a tenté de convaincre ses homologues européens du bien-fondé des mesures budgétaires décidées par son gouvernement. Les ministres de la zone euro se sont rangés derrière l'avis de la Commission et ont invité Rome à engager un dialogue constructif avec elle. Les dirigeants italiens ont, de leur côté, fait savoir qu'ils ne comptaient pas changer "d'une virgule" leur projet de budget.

Il faut dire que les marges de manœuvre sont étroites, ce texte étant un savant mélange de promesses de campagne des deux partis au pouvoir, dont les objectifs sont aux antipodes. En effet, on trouve d'un côté les baisses d'impôt de la Ligue avec la flat tax et de l'autre le revenu de citoyenneté des 5 étoiles. Arrivés au pouvoir avec la promesse de tenir tête à Bruxelles, les leaders du gouvernement sont déterminés à appliquer leur programme.

Pas de sanctions avant le printemps 2019

Si tel est le cas, le 21 novembre prochain sera une nouvelle date cruciale. La Commission publiera ses évaluations de chaque budget des pays de la zone euro et indiquera s'ils sont ou non en conformité avec les règles du fameux Pacte de stabilité. C'est à ce moment-là qu'elle peut proposer d'ouvrir la procédure pour déficit excessif. Celle-ci doit encore être avalisée politiquement par le Conseil de l'UE, qui pourrait alors se prononcer lors de sa réunion en décembre. La procédure ne serait juridiquement lancée que deux mois plus tard, donc pas avant le printemps 2019.

L'Italie risque une amende allant jusqu'à 0,2% de son PIB, soit environ 3,4 milliards d'euros (en prenant les chiffres de 2017). Mais tant que ses taux d'intérêts sur les marchés ne sont pas trop élevés (ils le sont déjà beaucoup mais il reste une marge), la pression financière n'est pas suffisante pour faire plier le gouvernement. Surtout à quelques mois des élections européennes qui auront lieu en mai 2019, scrutin auquel l'extrême droite espère faire le plein de voix.

Bruxelles ne croit pas aux chiffres de l'exécutif italien

Pour mémoire, Rome prévoit que ses mesures budgétaires stimulent la croissance pour qu'elle atteigne 1,5% en 2019, mais en creusant le déficit public à 2,4% du PIB la même année avant de le ramener à 2,1% en 2020. Pour être parfaitement dans les clous du Pacte de stabilité européen, le gouvernement devait continuer à réduire le déficit. Il devait aussi faire passer la dette publique, aujourd'hui à 131% du PIB, au minimum à 124%. Or, il compte la ramener à 126,5%... à partir de 2020.

Néanmoins, la Commission fait généralement preuve d'un minimum de souplesse sur ces règles. La France, par exemple, ne les respecte pas à la lettre. Le problème est qu'elle juge la "déviation" trop importante par rapport à la trajectoire que l'Italie devrait adopter pour faire baisser sa dette "explosive".

De plus, Bruxelles ne croit absolument pas aux effets de la relance budgétaire de Rome. Dans ses prévisions d'automne, la Commission estime que le déficit atteindra 2,9% l'an prochain, puis 3,1% en 2020. Le dérapage italien est donc à ses yeux encore plus grave qu'annoncé et largement insuffisant pour réduire la dette qui devrait, selon elle, se stabiliser autour de 131% du PIB au cours des deux prochaines années.

Jean-Christophe Catalon