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Covid-19: et si l'Europe revendait ses stocks d'AstraZeneca?

Boudées par les Européens, les doses peuvent en théorie être données mais aussi revendues au prix d'achat, permettant aux pays acheteurs de profiter des tarifs négociés par l'Union européenne.  

Que faire des dizaines de millions de doses du vaccin AstraZeneca dont les Européens ne veulent visiblement plus? La question travaille tous les gouvernements des Etats membres alors que la campagne de vaccination bat son plein.  

Il faut dire que le Vaxzevria, développé par le laboratoire anglo-suédois et l'université d'Oxford, ne convainc plus grand monde: alors que le gouvernement tente de rassurer sur son efficacité et sa sécurité, la Commission européenne s'écharpe avec AstraZeneca, accusé de ne pas avoir livré à temps.

Mais la livraison prochaine des fameuses doses s'apparente plutôt à un casse-tête. Selon les derniers chiffres du gouvernement, plus de trois millions de doses Vaxzevria attendent encore d'être utilisées. L'exécutif a bien imaginé les proposer aux moins de 55 ans mais la Haute Autorité de santé a rapidement tiré un trait sur cette hypothèse, courant mai, soulignant un "point de basculement du rapport bénéfice/risque individuel à partir de 50-55 ans".

En parallèle, l'Union européenne a annoncé le non-renouvellement de sa commande de doses Vaxzevria tout en signant un nouveau contrat avec Pfizer. Mais ce sont bien 90 millions de doses qui sont attendues en Europe pour honorer la commande initiale.  

Pour les 27, l'équation est simple: soit ils parviennent à les utiliser pour leur population, soit il faut s'en débarrasser. La première option s'avère compliquée. Ce lundi, le gouvernement danois a, par exemple, demandé à l'autorité sanitaire de revenir sur la décision d'abandonner AstraZeneca afin de compenser les retards pris par le concurrent Moderna. Des signaux contradictoires qui n'aident pas à redonner confiance… 

Une fois livrées aux pays concernés, les doses deviennent la propriété des Etats mais l'UE encadre tout de même la finalité des stocks. Concrètement, les doses peuvent être données ou vendues (uniquement au prix d'achat) à des pays tiers. En pratique, de nombreuses doses ont déjà été données au programme COVAX qui redistribue les vaccins aux pays les plus pauvres.

Vers un plan européen?

La semaine dernière, Emmanuel Macron a annoncé que la France donnera "au moins 30 millions de doses de différents vaccins d'ici la fin de l'année" au programme COVAX. Aucune précision sur la nature de ces vaccins mais sans doute ces fameuses doses en feront partie. 

L'autre solution, c'est donc la revente. La Roumanie est d'ores et déjà prête à revendre une partie de ses vaccins AstraZeneca et cela devrait même avoir lieu sur le plan européen.

"Un mécanisme est en préparation au niveau européen, d'une part pour le don via le mécanisme COVAX, et pour la revente à des pays tiers" a expliqué à la chaîne Digi24 le coordinateur de la campagne nationale de vaccination, Valeriu Gheorghiță. 

Pour l'Europe, c'est l'occasion d'alimenter les stocks COVAX car seulement 72 millions de doses ont été livrées dans 126 pays à ce jour. Quant à la revente des doses, elle permettrait de limiter les pertes financières et aux pays tiers de profiter des tarifs bas négociés par l'Union européenne. Reste à savoir qui seraient les destinataires… 

Thomas Leroy Journaliste BFM Business