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Brexit: le Royaume-Uni n'a jamais été aussi proche d'un second référendum

La première ministre britannique Theresa May et le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn le 6 novembre 2018.

La première ministre britannique Theresa May et le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn le 6 novembre 2018. - John Stillwell - POOL - AFP

Le parti travailliste va d'abord déposer un amendement réclamant le maintien du Royaume-Uni dans une Union douanière avec l'UE après le Brexit, et un deuxième interdisant un Brexit sans accord. Si ces amendements sont rejetés, le Labour prévoit d'en déposer un autre réclamant un nouveau référendum.

L'opposition travailliste a brandi lundi l'épouvantail d'un second référendum tant redouté par le gouvernement de Theresa May, ce alors que l'Union européenne a ouvert la porte à un report de la date du Brexit, prévu le 29 mars. Depuis le rejet massif de l'accord de divorce par les députés britanniques en janvier, Theresa May tente de renégocier avec Bruxelles une nouvelle version du texte susceptible de rallier une majorité parlementaire. 

Mais après deux ans de négociations difficiles, le gouvernement britannique reste plus divisé que jamais sur le Brexit. Lundi, le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé que le choix se situait actuellement entre "un Brexit chaotique ou une prolongation (du délai)". Selon lui, il est "absolument clair" qu'il n'y a aucune majorité au Parlement britannique pour l'accord de Theresa May, ce qui conduirait à un Brexit sans accord, et à une coupure nette entre l'île et le continent.

Un second référendum?

Provoquant une levée de boucliers au Royaume-Uni, Theresa May a différé dimanche "d'ici au 12 mars" un vote des députés britanniques sur l'accord de Brexit. Elle affirme vouloir se donner plus de temps pour tenter de renégocier le texte avec Bruxelles avant la date butoir actuelle du 29 mars.

Le Parti travailliste, principal parti d'opposition, a répliqué en annonçant qu'il allait soutenir au Parlement un amendement favorable à un second référendum pour "éviter le Brexit destructeur" des conservateurs, un soutien que son chef Jeremy Corbyn s'était jusqu'ici refusé à accorder.

"La Première ministre joue la montre, dangereusement, pour contraindre les députés à choisir entre son accord bâclé et un 'no deal' désastreux", a tancé le leader travailliste, cité dans un communiqué du Labour. "Nous ne pouvons pas l'accepter, et nous ne le ferons pas".

Deux amendements des travaillistes

Le communiqué précise que le parti va d'abord déposer un amendement réclamant un Brexit selon ses termes, soit le maintien du pays dans une Union douanière avec l'UE après le Brexit. Le parti compte également proposer un amendement interdisant tout Brexit sans accord.

S'ils sont rejetés, le Labour prévoit, sans préciser de date, d'en déposer un autre réclamant un second référendum, après celui de juin 2016 ayant décidé le Brexit. En revanche, le sujet de ce référendum n'est pas encore clair: "donnerait-il le choix de renoncer complètement au Brexit ou bien porterait-il simplement sur le Brexit proposé par les conservateurs?", s'interroge l'historien Corentin Sellin, sur Twitter.

Les travaillistes pourraient-ils rassembler une majorité?

Les quelques Tories hostiles à un "non deal" pourraient rejoindre les travaillistes, qui constitueraient ainsi une majorité favorable à leurs demandes. Le tabloïd Daily Mail note d'ailleurs que Theresa May serait prête à exclure l'hypothèse d'un "no deal" notamment après que 15 élus eurent menacé de quitter son parti dans une telle hypothèse.

Mais dans son édition de mardi, le Times estime que l'annonce de Jeremy Corbyn devrait avoir l'effet d'une "sonnette d'alarme" auprès des tories et de les pousser à "se rassembler derrière l'accord (en négociation) de Theresa May".

Le quotidien conservateur se montre également sceptique quant aux chances réelles d'une deuxième consultation populaire sur le Brexit. "Même avec le soutien de M. Corbyn il pourrait ne pas y avoir de majorité parlementaire pour un deuxième référendum", écrit-il. Le journal évoque "une poignée" d'élus travaillistes "supporters ardents du Brexit" ayant voté en faveur du gouvernement lors de situations "clé".

Salomé Vincendon avec AFP