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Pourquoi les agriculteurs manifestent leur colère devant les préfectures

"Macron, réponds-nous !" scandent ce matin les paysans devant toutes les préfectures. Ils demandent au chef de l'Etat de les défendre contre les maux qui les affectent, à l'appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs: les distorsions de concurrence, "l'agribashing" et la faiblesse des prix agricoles.

"Agribashing" ou déconsidération du monde agricole et de ses pratiques, surtranspositions de règlements européens, accords de libre-échange, retards de paiements des aides européennes: les motifs de crispation sont nombreux dans le monde agricole qui ont choisi d'afficher leur mécontentement devant les préfectures ce mardi, à l'appel des Jeunes Agriculteurs (JA) et la FNSEA.

Déjà mobilisés le 8 octobre dernier, les agriculteurs, au nombre de 10.000 selon la FNSEA, avaient bloqué les grands axes routiers dans la France entière.

Au Mans, de la paille déversée devant la préfecture

Cette fois-ci, d'Arles à Épinal, de la Haute-Savoie à la Gironde, les paysans comptent surtout se rassembler devant les préfectures et interpeller, à travers elles, le chef de l'Etat, opérations de bâchage à l'appui, le hashtag #SauveTonPaysan en bandoulière. "Nous exigeons enfin une réponse du président de la République, réponse qu'il doit aux milliers de paysans français tant l'heure est grave !", déclare la FDSEA de l'Hérault.

Déjà, dans la soirée de lundi 21 octobre, environ 200 agriculteurs, venus au centre-ville du Mans avec une quarantaine de tracteurs, ont déversé de la paille devant la préfecture de la Sarthe dont ils ont recouvert l'entrée avec une grande bâche.

Quelques "opérations escargots" sont organisées

Aujourd'hui, mardi 22 octobre il est aussi prévu quelques opérations escargots, mais "là, ce n'est pas un blocage. Ce sont des actions devant les préfectures pour lancer un appel au président de la République", a déclaré Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, principal syndicat agricole. Ainsi près d'Angers, c’est à hauteur de la sortie Beaucouzé (N°17) que des perturbations sont attendues sur l'Autoroute A11. Dans le sud, plusieurs dizaines de tracteurs et véhicules agricoles encadrés par la gendarmerie ont bloqué l'entrée de l'autoroute A9 à Nimes Ouest, provoquant plusieurs kilomètres d'embouteillages dans une opération escargot jusqu'à Nîmes-Est.

"On ne peut pas intéresser des jeunes à venir dans cette filière-là avec un bilan qui est quand même très sombre", estime pour sa part Arnaud Gaillot, secrétaire général des JA, qui rappelle le "défi démographique" auquel fait face l'agriculture tricolore: dans les dix ans à venir, un paysan sur deux va quitter le métier.

Outre les intrusions dans les élevages des militants antispécistes ou les pressions sur l'utilisation de produits phytosanitaires, avec la mise en place de zones de non-traitement (ZNT) de pesticides, les agriculteurs déplorent, pour beaucoup, des revenus en berne, en partie à cause de la guerre des prix des acteurs de la grande distribution. Une situation que devait régler au moins partiellement la Loi Alimentation, censée ramener du revenu dans les cours de fermes en rééquilibrant les relations commerciales entre paysans, industriels et distributeurs.

"Le compte n'y est pas" pour le ministre de l'Agriculture

"Le compte n'y est pas" quant à la rémunération des agriculteurs, a reconnu hier lundi 21 octobre, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume lors d'un bilan de cette loi, qui va entrer en novembre dans l'an II de son application, avant de promettre de "durcir les choses, les durcir politiquement".

S'y ajoute la protestation du monde agricole contre les récents accords de libre-échange avec le Canada ou certains pays d'Amérique du Sud. Les agriculteurs redoutent l'importation en France de denrées et produits agricoles cultivées ou élevées dans des conditions sanitaires prohibées en France et en Europe.

Frédéric Bergé avec AFP