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Rémunération des agriculteurs: le ministre de l'agriculture reconnaît que sa loi n'a pas eu les effets souhaités

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- - Ludovic Marin- AFP

Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture, reconnaît que la loi Alimentation n'a pas rééquilibré les relations commerciales et que les agriculteurs ne sont toujours pas assez rémunérés.

"Le compte n'y est pas" quant à la rémunération des agriculteurs lors d'un bilan de la loi Alimentation, promulguée il y a un an, et qui doit rééquilibrer les relations commerciales entre producteurs et consommateurs, a affirmé lundi le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume.

"Il n'est plus possible que les agriculteurs soient rémunérés à un prix inférieur à ce que ça leur revient", a déploré Didier Guillaume lors d'une conférence de presse à l'issue du Conseil des ministres.

"Quand un producteur de lait vend un litre de lait à 33-34 centimes, la construction du prix du litre de lait fait qu'il est à 39 centimes dans le contrat de filière, on le retrouve à un euro dans la GMS (les supermarchés, ndlr), le compte n'y est pas", a-t-il expliqué.

"Il faut absolument que tout le monde joue le jeu, peut-être que les coûts de production dans certaines filières sont arrivés un peu tardivement, (...) maintenant ils sont là, tout le monde sait à quoi s'en tenir, donc pour ceux qui ne joueront pas le jeu, il faudra durcir les choses, les durcir politiquement", a-t-il assuré.

6000 contrôles effectués d'ici la fin de l'année

La secrétaire d'Etat à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, a pour sa part rappelé que les autorités contrôlaient l'application du seuil de revente (SRP) et de la limitation des promotions: "La DGCCRF effectuera 6.000 contrôles d'ici la fin de l'année, elle en est aux alentours de 3.500 aujourd'hui".

Par ailleurs, la secrétaire d'Etat a assuré que le SRP n'avait causé qu'une hausse des prix de 0,3% pour les consommateurs "contrairement à ce qu'on a pu lire ici ou là".

Grâce à cette augmentation de 0,3% des prix, "vous avez en fait de la valeur qui a été redonnée notamment aux produits frais transformés, le lait et dans certaines filières de produits semi-brut", même si, "bien sûr, ce n'est pas suffisant", a-t-elle admis.

Entrée en vigueur en début d'année, la loi qui a limité les promotions dans les grandes surfaces avait pour objectif que les producteurs ne pâtissent plus de la guerre des prix que se livrent les enseignes. 

La loi a effectivement limité la pression promotionnelle (la part des produits vendus en promotion est passée de 21,7% en 2017 à 19,3% cette année) mais elle n'a pas permis de mieux rémunéré les producteurs. 

C'est ce qu'a constaté la commission parlementaire chargée d'évaluer la loi. Près de six accords sur 10 signés en 2019 entre distributeurs et producteurs se sont soldés... par une baisse des prix. 12% des négociations ont permis une stabilité et seulement 28% par des hausses de prix d'achat. La commission a fait 41 propositions pour améliorer la loi. Comme l'augmentation du seuil de revente à perte sur les produits d'hygiène-beauté et plus seulement sur les seuls produits alimentaires comme aujourd'hui. Ou encore la mise en place d'un portail internet pour des lanceurs d'alerte anonymes et éventuellement rémunérés qui constateraient des abus. 

Frédéric Bianchi avec AFP