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Pourquoi la faible inflation est une mauvaise nouvelle

La baisse des prix n'est pas forcément une bonne nouvelle.

La baisse des prix n'est pas forcément une bonne nouvelle. - -

L'Insee a publié, ce jeudi 14 novembre, des chiffres de l'inflation au plus bas depuis novembre 2009, soit 0,6% en octobre. Le scénario d'une baisse des prix est de plus en plus pressant, ce qui pourrait alors mettre à mal l'économie.

C'est la grande crainte de la Banque centrale européenne (BCE): que l'économie bascule en déflation. Contrairement à l'inflation, la déflation signifie une baisse des prix.

Ce jeudi 14 novembre, les chiffres de l'Insee ont montré que l'inflation se situait à 0,6% au mois d'octobre, son plus bas niveau depuis novembre 2009. Depuis plusieurs mois, l'inflation est en perte de vitesse. "Nous ne sommes pas encore en situation avérée de déflation, définie par une baisse généralisée des prix, mais le risque est réel", résume Hélène Baudchon, économiste France chez BNP Paribas.

On pourrait pourtant penser que la déflation est une bonne chose, puisqu'une baisse des prix est synonyme d'augmentation du pouvoir d'achat. Mais cela revient à faire abstraction d'autres conséquences.

Vers la "japonisation"?

"Le danger de la déflation, c’est lorsqu’elle amène à reporter les décisions d’achats, dans l’attente d’une baisse future des prix, et entraîne in fine une baisse de la consommation et de l’investissement", explique Hélène Baudchon.

"Malgré l’effet mécanique positif sur le pouvoir d’achat, la crainte est de voir cet effet négatif l’emporter", poursuit-elle. Si la consommation, déjà fragile en France, flanche un peu plus à cause de la déflation, la reprise risque alors de définitivement s'éloigner.

Toutefois, cet effet sur les décisions d'achats reste théorique. Hélène Baudchon donne un contre-exemple: "certains produits technologiques profitent toutefois d’une ''bonne'' déflation, c’est-à-dire d’une baisse de leur prix et d’une hausse de leur qualité alimentées par le progrès technique, qui n’entraîne pas un report de l’achat préjudiciable à la croissance.".

Quid du crédit?

Autre conséquence négative: l'impact sur le crédit. "En déflation, la baisse des prix contribue mécaniquement à augmenter les taux d’intérêt réels (c’est-à-dire les taux d’intérêt nominaux corrigés de l’évolution des prix) et donc à durcir les conditions monétaires et financières en termes réels, ce qui peut peser sur le crédit.", analyse Hélène Baudchon.

La question que se posent certains économistes est de savoir si la France se "japonise", c’est-à-dire si, comme le pays du soleil levant dans les années 90, elle va connaître une période de croissance molle voire nulle assortie d'une déflation.

"La faiblesse de la croissance et de l’inflation interpellent. Les situations ne sont pas parfaitement comparables mais, globalement, le parallèle se tient et le risque est là", estime pour sa part Hélène Baudchon.

Julien Marion