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Politique et industrie : le positionnement difficile du gouvernement

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Le gouvernement conteste la stratégie de réduction des effectifs de EADS et Arnaud Montebourg a eu des échanges assez vifs avec Xavier Niel sur la téléphonie. De l'économie spectacle ?

Le gouvernement et le monde de l’industrie sont de nouveau dans une phase d’affrontement verbal. Tout ceci relève de l’économie spectacle. Le positionnement de matamore du ministre de l’Industrie traduit surtout son impuissance. Son seul message concret est un repli protectionniste qui ne correspond pas à la ligne d’ensemble de la majorité présidentielle.

EADS a annoncé 5 800 suppressions d'emploi sur la branche Airbus. Michel Sapin a réagi en disant EADS a le devoir de les éviter. Comment cela va-t-il se terminer ?

Une polémique est en train de naître entre le gouvernement et la direction d’EADS au sujet des 5 800 suppressions d’emplois annoncées à Airbus sur un effectif de 40 000. Tom Enders, le PDG de EADS a justifié cette décision par la nécessité de maintenir la compétitivité de l’entreprise.

Et le directeur de la stratégie de l’entreprise Marwan Lahoud a indiqué que la seule façon d’éviter les 1 700 suppressions prévues en France serait de signer un accord de compétitivité sur le modèle par exemple de celui de Renault.

On voit bien que les entreprises sont obligées en permanence de s’adapter, l’équipe gouvernementale, malgré un discours qui se veut favorable aux entreprises - rappelez-vous les propos du président se définissant en président des entreprises -, reste conservatrice et s’accroche à une vision à courte vue dont le but est le maintien coûte que coûte des situations présentes.

Michel Sapin n'est pas le seul sur ce créneau

Le plus en pointe dans l’algarade avec les chefs d’entreprise est effectivement Arnaud Montebourg. On ne compte plus ses propos enflammés contre les patrons : il a menacé de nationaliser la sidérurgie, fait rédiger un rapport sur la gestion de Peugeot qu’il annonçait comme un vrai réquisitoire, multiplié les insultes avec Maurice Taylor au sujet de l’usine de pneus d’Amiens. Maintenant, il s’en prend à Xavier Niel sur sa stratégie de baisse des prix dans la téléphonie 4G.

Est-ce que cela a des résultats ?

Sur le plan pratique, non. Son programme, dès les primaires du PS, était protectionniste. Il appelle désormais cela du « colbertisme participatif ». Mais ce programme est inapplicable sauf à rompre avec l’Union européenne, ce qui n’est pas dans les intentions de la majorité actuelle.

En outre, il est lui-même conscient des limites de cette stratégie puisqu’il déclarait en 2012 que « Niel avait fait plus pour le pouvoir d’achat que Sarkozy en 5 ans ». Il voit bien que la concurrence bénéficie aux consommateurs. Et tout le monde est consommateur, y compris les électeurs socialistes. Quant aux suppressions d’emploi, elles reflètent en général comme c’est le cas à EADS des gains de productivité. Elles sont la conséquence non seulement de la pression concurrentielle mais aussi du progrès technique, de la robotisation de la production. Et cela est difficilement évitable et surtout est positif.

Sur le plan politique, malgré le côté spectaculaire de ses déclarations, la minceur de ses résultats est en train de mettre en lumière un certain échec. Il est plus une mouche du coche qu’un sauveur et plus le temps passe, plus cela devient manifeste.

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Jean-Marc Daniel