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Pour le fabricant Acer, "les prix des ordinateurs et des écrans vont augmenter"

L'Aspire Vero d'Acer fabriqué en plastique recyclé

L'Aspire Vero d'Acer fabriqué en plastique recyclé - Acer

Emmanuel Fromont, président EMEA du fabricant de PC revient sur l'année exceptionnelle qu'a connu le secteur et sur les enjeux des prochains mois et années.

Un rebond sans précédent. Depuis dix ans, le marché mondial des ventes de PC est en baisse quasi-chronique, concurrencé frontalement par d'autres appareils comme les smartphones.

Mais l'an passé, les livraisons mondiales se sont envolées de 13,1% à 302,6 millions d'unités. La raison de cette croissance plus vue depuis dix ans est connue. La pandémie a provoqué un recours massif au télétravail, générant mécaniquement une demande forte en équipement (ordinateurs mais aussi moniteurs, périphériques, chaises de bureau...) partout sur la planète. L'éducation à distance a également constitué un levier fort.

"Le PC est revenu au coeur des usages digitaux. On l'avait peut-être un peu vite enterré mais pour travailler, pour être efficace, il faut un PC", explique à BFM Business, Emmanuel Fromont, président EMEA d'Acer, cinquième fabricant mondial, dont les ventes l'an passé ont flambé de 80%! "La demande a été forte dans tous les domaines, tous nos marchés: grand public, éducation et gaming et de manière assez homogène sur la planète".

Les consommateurs n'ont pas lésiné

Surtout, les consommateurs n'ont pas lésiné sur les moyens. "On a été très surpris car les consommateurs ont décidé d'investir en s'orientant vers des modèles plus haut de gamme avec des design fins, des batteries étendues et de la puissance. Ils ont réalisé qu'ils avaient besoin de spécifications supérieures, il y a eu comme une prise de conscience alors qu'auparavant ces arguments avaient du mal à passer", poursuit-il.

La question est désormais de savoir comment le marché va se comporter alors que la situation sanitaire semble s'améliorer et que le gros des équipements pour le télétravail a été fait.

"Il semble clair que les taux de croissance vont se tasser cette année, avec même une légère baisse tant l'année 2020 est complètement nouvelle. Mais pour le moment, il y a une tendance supérieure à ce qu'on a vu en 2019", avance le dirigeant.

Au premier trimestre, alors que de nombreux pays ont reconfiné, selon les chiffres de Canalys, les ventes ont en effet encore bondi sur un an de 55% à 82,7 millions d'unités, des volumes qu'on n'avait plus observés depuis 2012.

Certes, le premier trimestre 2020 était particulièrement bas (les effets du premier confinement sont apparus en fin de période) mais cette croissance historique confirme bien une demande forte, tant de la part des particuliers que des entreprises notamment des PME qui se sont équipées en masse.

Des prix qui risquent d'augmenter de 10%

Mais la tendance pourrait être freinée par la pénurie de composants qui agite le secteur. "Cela nous pénalise fortement encore aujourd'hui avec un allongement des délais entre la demande et la livraison (des distributeurs, NDLR) qui est maintenant de 4 à 6 mois contre 3 mois en temps normal. Le coeur de gamme est tendu moins dans le haut de gamme. D'après nous, cette situation va perdurer jusqu'au premier trimestre prochain à mesure que la demande va se tasser et la capacité augmenter", explique Emmanuel Fromont.

L'augmentation du prix des matières premières et des transports est également un caillou dans la chaussure des fabricants. Elle aura des conséquences sur le prix final des machines.

"Oui, les prix vont augmenter et ont déjà commencé à augmenter. Cela est inévitable car tous les coûts en amont augmentent très fortement: matières premières, prix des composants, coûts de main d’œuvre (travail en shift / mesures de sécurité), logistique (les coûts du transport aérien et maritime ont explosés). Difficile de dire dans quelle mesure car cela dépend des produits mais l'augmentation moyenne sera d'environ 10%, même plus sur des moniteurs très dépendants des prix des dalles. Mais l’industrie reste très compétitive, il n'y aura donc pas d’effet d’aubaine pour les constructeurs".

Relocaliser, oui, mais...

Faut-il relocaliser la production de certains éléments comme le souhaite l'Union européenne pour réduire ces risques et notre dépendance aux usines asiatiques? "Il faut le faire sur le plan stratégique mais attention, localiser une production de composants déjà anciens n'aura aucun intérêt, ce n'est pas viable. Il faut investir dans les composants du futur à valeur ajoutée, ce qu'on a raté, on l'a raté", souligne Emmanuel Fromont.

Un peu comme dans l'industrie automobile, l'Europe n'a pas d'intérêt à relocaliser la production de l'entrée de gamme où elle n'est pas compétitive mais doit donc se concentrer sur le haut de gamme...

L'Aspire Vero d'Acer fabriqué en plastique recyclé
L'Aspire Vero d'Acer fabriqué en plastique recyclé © Acer

Enfin, pour maintenir cette croissance, les fabricants doivent innover et encore innover. "Il y a selon nous deux grands axes: l'ultra-connectivité avec l'intégration de la 5G dans les PC portables car elle est plus performante que le Wi-Fi. Et bien sûr l'accent sur l'environnement. Nous avons lancé un premier PC fait de plastique recyclé, nous travaillons sur les durées de cycle, la réparabilité, l'évolutivité des machines. Cette dynamique va se poursuivre et va s'imposer au-delà de l'image. Mais ces développements exigent d'importants investissements", conclut le responsable.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business