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Guerre commerciale: Chinois et Américains se reparlent au téléphone

Le vice-Premier ministre chinois Liu He serre la main du représentant au Commerce américain Robert Lighthizer sous le regard du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, le 10 mai 2019 à Washington

Le vice-Premier ministre chinois Liu He serre la main du représentant au Commerce américain Robert Lighthizer sous le regard du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, le 10 mai 2019 à Washington - Saul Loeb-AFP

Après six semaines de glaciation, les négociateurs de la Chine et des Etats-Unis pour le commerce ont enfin repris langue au téléphone, hier lundi 24 juin, à quelques jours d'un entretien attendu entre Donald Trump et Xi Jinping.

Des droits de douane en hausse, des "listes noires" d'entreprises à l'index et une guerre technologique qui se superpose à la guerre commerciale: la tension a atteint son paroxysme entre les deux premières économies mondiales, se cristallisant sur les mesures coercitives prises à l'encontre de Huawei, le puissant fabricant chinois de télécoms.

Réduisant la tension, les principaux négociateurs chinois et américains ont eu hier lundi 24 juin un entretien téléphonique, ont annoncé ce mardi les médias officiels chinois.

Au cours de cet entretien, le vice-Premier ministre chinois Liu He, le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer et le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin ont "échangé des opinions sur les questions économiques et commerciales", a indiqué l'agence d'État Chine nouvelle.

Cette conversation a eu lieu "à la demande de la partie américaine" et les participants sont convenus de garder le contact, a-t-elle ajouté.

Relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine
Relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine © Vincent LEFAI, AFP

Une reprise des discussions était attendue après l'annonce la semaine dernière d'un coup de fil entre les deux présidents. Xi Jinping a fait savoir à cette occasion qu'il était prêt à s'entretenir avec Donald Trump en marge du sommet du G20 vendredi et samedi à Osaka (Japon).

L'entretien bilatéral est prévu samedi, selon un haut responsable américain. L'enjeu est élevé: Donald Trump menace d'imposer des droits de douane supplémentaires sur la totalité des exportations de Pékin si aucun accord avec la Chine n'est trouvé à Osaka. Quelque 300 milliards de dollars de produits chinois importés chaque année aux États-Unis sont dans le collimateur.

Hausse des droits de douane de part et d'autre

Début mai 2019, accusant Pékin d'être revenu sur des promesses faites précédemment au cours des négociations, Donald Trump annonçait soudainement une hausse de 10% à 25% des droits de douane pesant sur 200 milliards de dollars de produits chinois importés annuellement aux États-Unis, en plus de 50 milliards de dollars d'importations déjà taxées à 25%.

Pékin, qui rejette cette accusation, a répliqué en relevant début juin 2019Kses propres droits de douane sur des produits américains représentant environ 60 milliards de dollars d'importations annuelles.

Les États-Unis reprochent à la Chine d'être largement responsable de leur énorme déficit commercial. Ils exigent que Pékin achète davantage de produits américains mais réclament aussi des réformes de structures pour interdire par exemple les subventions aux entreprises publiques, les transferts de technologie forcés aux entreprises étrangères et le "vol" de la propriété intellectuelle américaine.

Donald Trump et Xi Jinping à Pékin, en novembre 2017.
Donald Trump et Xi Jinping à Pékin, en novembre 2017. © Nicolas Asfouri - AFP

Mais cet affrontement commercial est de plus en plus dominé par un conflit technologique, Donald Trump accusant le géant asiatique de copier les secrets de fabrication de son pays et de menacer la sécurité nationale.

Washington a ainsi bloqué en mai l'accès du géant Huawei -- numéro deux mondial des smartphones -- et de plusieurs autres firmes chinoises à la technologie américaine pour des raisons de sécurité. Le coup est très dur pour Huawei, qui dépend pour ses smartphones du système d'exploitation de Google, Android, ainsi que de puces électroniques "made in USA". A compter de mi-août, les exportations destinées à Huawei devront faire l'objet d'une autorisation spéciale de l'administration américaine.

La Chine s'en prend à l'Américain Fedex

En réaction, Pékin a annoncé la création de sa propre liste noire d'entreprises étrangères "non fiables". La composition de cette liste n'a toutefois pas encore été annoncée. Le gouvernement chinois s'en prend particulièrement au géant américain du courrier, FedEx, accusé d'avoir mal acheminé des colis de Huawei.

Donald Trump a par ailleurs averti qu'il comptait évoquer avec M. Xi les tensions à Hong Kong, où d'énormes manifestations se sont déroulées contre un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine communiste. Pékin a fait savoir qu'il était hors de question d'aborder le sujet à Osaka lors du G20.

Frédéric Bergé avec AFP (Patrick Baert)