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Mario Draghi contesté au sein même de la BCE

La baisse des taux de la BCE a été critiquée en Allemagne.

La baisse des taux de la BCE a été critiquée en Allemagne. - -

La baisse des taux décidée le 7 novembre dernier par la BCE est contestée par les membres allemands et néerlandais de la Banque. Outre-Rhin, les critiques se multiplient, fragilisant la position de l’institution.

Mario Draghi avait prévenu: la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), actée le 7 novembre, et censée couper court au risque de déflation en zone euro, n'était pas une décision unanime.

Ce lundi 11 novembre, le Financial Times révèle que les indications du président de la BCE étaient un doux euphémisme. Le quotidien britannique explique que six membres du Conseil des gouverneurs de la BCE se sont opposés à cette baisse des taux. Parmi eux, Jens Weidmann, le patron de la Bundesbank (la Banque centrale allemande), et le membre allemand du directoire de la BCE, Jörg Asmussen.

Selon les sources du Financial Times, les gouverneurs des banques centrales autrichiennes et néerlandaises ont également voté contre la baisse des taux.

"Draghi a abusé du système de l'euro"

Ainsi, Mario Draghi a dû faire face à la fronde de pays "cœur" de la zone euro, avec l'Allemagne en tête. Avec un quart des membres du comité directeur opposé à la baisse des taux, le président de la BCE a probablement pris la décision la moins unanime depuis son arrivée à la tête de l'institution européenne, fin 2011.

Cette division interne avait été minimisée par Mario Draghi. Jeudi dernier, il expliquait que tous les membres de la BCE étaient d'accord sur la nécessité de lutter contre la faible inflation mais que "les débat se sont portés sur le moment auquel il fallait agir".

Un risque stratégique

"Draghi a abusé du système de l'euro, en donnant des crédits à bon prix aux pays du Sud qu'ils n'auraient pas obtenir autrement sur le marché", a grondé Hans-Werner Sinn, le président de l'institut Ifo, un think tank économique bavarois, dans une interview parue le 9 novembre dernier dans Bild, l'influent tabloïd allemand.

Bild, le journal le plus vendu outre-Rhin, a d'ailleurs consacré le même jour un article sur l'appauvrissement des retraités allemands. Ceux-ci verraient leurs pensions s'effriter en raison de la baisse des rendements de leur épargne, elle-même due à la décision de la BCE.

L'institution européenne risque ainsi de se froisser avec l'Allemagne, le pays le plus influent en son sein. Des tensions qui pourraient mettre à mal les avancées sur l'union bancaire, un dossier que la BCE juge vital et sur lequel Berlin traîne des pieds.

Julien Marion