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Le Service civique de Hollande est-il réaliste?

Le chef de l'Etat souhaiterait que 150.000 jeunes s'engagent dans le service civique

Le chef de l'Etat souhaiterait que 150.000 jeunes s'engagent dans le service civique - Françis Mori-AFP

Lors de sa conférence de presse ce jeudi, le chef de l'Etat a annoncé que dès juin, tout jeune qui le souhaite pourra effectuer un service civique de huit mois. Mais comment les employer et à quel prix pour la collectivité?

A défaut du rétablissement du service militaire, François Hollande a trouvé la solution pour renforcer l'appartenance à la nation et le brassage social après les épisodes terroristes de janvier: le service civique. Le chef de l'Etat l'a clairement dit ce jeudi lors de sa conférence de presse: "Je propose (...) un nouveau contrat civique avec la mise en place d'un service universel pour les jeunes, la création d'une réserve citoyenne pour tous les Français, tous ceux qui veulent participer à l'élan collectif, donner le meilleur d'eux-mêmes, et le renforcement de la démocratie participative".

Le chef de l'Etat s'est engagé à ce que des missions soient proposées dès le 1er juin à "tout jeune de moins de 25 ans" qui le souhaite. François Hollande estime à 150.000 voire 160.000 le nombre de demandes annuelles pour ce service de 8 mois. En revanche pas question de rendre ce service obligatoire. 

Davantage de candidats que de places

Créé en 2010 pour les jeunes de 16 à 25 ans, le service civique consiste en une mission d'intérêt général de 6 à 12 mois dans une collectivité publique ou une association. elle est rémunérée 573 euros net par mois maximum.

Il concerne actuellement 35.000 jeunes. Mais selon François Chérèque, l'ancien patron de la CFDT qui dirige désormais l'Agence du service civique, les candidats sont quatre fois plus nombreux. Mais ils ne peuvent être accueillis faute de moyens financiers suffisants. Pour 2015, le gouvernement pense cependant pouvoir satisfaire 45.000 jeunes. 

Au moins 11.000 euros par an et par jeune

Selon François Chérèque, accueillir 120.000 jeunes nécessiterait un budget de 600 millions d'euros annuels. Or, les crédits ne dépassaient pas 170 millions en 2014. Et un véritable service civique obligatoire rémunéré d'un an concernant l'ensemble d'une classe d'âge, soit près de 700.000 garçons et filles, coûterait au minimum trois milliards d'euros selon l'ancien patron de la CFDT. 

En 2008, dans un rapport sur le sujet demandé par l'Elysée, l'ancien ministre de l'Education Luc Ferry avançait le chiffre de 11.000 à 14.000 euros de coût annuel par jeune pour la collectivité. 

François Hollande, lui, a évoqué du "bénévolat" et un "temps donné" par les jeunes à la collectivité. Mais dans cette hypothèse, trouvera-t-il ses 170.000 candidats? Est-il par exemple très utile de proposer une mission "d'ambassadeur de la parole des jeunes" pour six mois à la Réunion, ou une autre " pour une dynamique pédagogique et participative dans un jardin" pendant 8 mois dans une association de Gironde, deux missions proposées ce 5 février sur le site de l'Agence du service civique? 

Comment trouver 170.000 postes? 

Obligatoire ou non, le service civique pose des questions qui dépassent son seul coût budgétaire. Pour François Chérèque, le rendre obligatoire serait une "punition" pour les intéressés. Surtout, serait-il possible d'offrir 600.000 missions assez intéressantes pour les jeunes, ainsi que trouver les personnels pouvant les former? Même l'objectif de 170.000 postes, comme le propose François Hollande, paraît hors de portée de ce point de vue.

Autre risque : comment éviter que certains jeunes en service civique ne soient recrutés sur des emplois classiques et concurrencent ainsi des demandeurs d'emploi? Le service civique pourrait alors se transformer en emplois d'avenir-bis (187.000 signés depuis 2012). Mais moins coûteux puisqu'un tel emploi revient à près de 20.000 euros par an pour l'Etat. 

Patrick Coquidé