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Hollande peut-il rétablir le service militaire face à la menace terroriste?

La conscription a été "suspendue" en France en 1996 par Jacques Chirac

La conscription a été "suspendue" en France en 1996 par Jacques Chirac - Eric Pitta-AFP

Comme il l'a annoncé lors de ses voeux aux armées, François Hollande préside ce mercredi un conseil de défense pour acter l'arrêt de la baisse des effectifs militaires après la récente vague d'attentats. Et pourquoi pas aller jusqu'à rétablir un service national obligatoire?

Avec 9.000 militaires en opérations extérieures et 10.500 réquisitionnés pour sécuriser les lieux publics sur le sol national, la France a-t-elle encore assez de soldats pour se défendre face à la menace terroriste?

En tout cas, comme il l'a annoncé lors de ses voeux aux armées, François Hollande doit annoncer ce mercredi 21 janvier à l'issue d'un conseil de défense des moyens budgétaires supplémentaires et l'arrêt des baisses des effectifs. La loi de programmation militaire votée en 2014 prévoit près de 34.000 postes en moins d'ici à 2019, dont 7.500 dès cette année.

Mais pourquoi ne pas aller plus loin et carrément rétablir le service militaire obligatoire? Ce dernier a été "suspendu" (et non supprimé) par Jacques Chirac en février 1996. L'idée n'a en soi rien d'ubuesque. En Europe, une petite dizaine de pays ont maintenu un service obligatoire qui peut prendre des formes diverses. C'est le cas en Autriche, en Suisse, en Finlande ou encore en Norvège. L'Allemagne, elle, l'a supprimé en 2011. 

Entre 3 et 5 milliards par an

Les anciens ministres UMP Xavier Bertrand ou François Baroin ont déjà proposé de rétablir un service au nom de la cohésion nationale. Ce dernier suggère ainsi un service de 8 mois rémunéré qui concernerait 250.000 garçons et filles (sur une classe d'âge de totale de 800.000 personnes). Il estime son coût à 4 milliards d'euros par an, à comparer avec les 31 milliards du budget de la Défense.

Dans un rapport au président Sarkozy en 2008, l'ancien ministre de l'Education Luc Ferry estimait, lui, qu'un "service obligatoire et universel", civil ou militaire, coûterait entre 3 et 5 milliards d'euros par an. 

Juste avant sa suspension, le service militaire de 10 mois revenait à 1,6 milliard d'euros par an au budget de la Défense, soit 7.800 euros par appelé (voir encadré). Son coût avait fortement baissé au cours des années, le nombre d'exemptés était devenu très élevé. En 1996, l'Armée comptait alors 201.500 conscrits sur un effectif total de 573.000 hommes. Aujourd'hui sans appelés, ses effectifs ne sont plus que de 250.000 personnes dont 50.000 civils. 

Les militaires n'ont plus besoin de conscrits

Impossible de revenir en arrière, affirme aujourd'hui Hervé Morin, l'ancien ministre centriste de la Défense du gouvernement Fillon, pourtant hostile à la suspension du service militaire décidée par Jaques Chirac. "La France n'a plus les capacités d'encadrement et d'hébergement qu'elle pouvait avoir en 1996", assure de son côté Luc Ferry. 

De fait, la suspension de la conscription et le passage à une armée professionnelle a contraint la Défense a revoir totalement son organisation. Elle a recruté des spécialistes pour palier la disparition des appelés. Cela a été en particulier le cas au Service de santé des armées (SSA) qui assurait auparavant une partie de son fonctionnement avec près d'un millier d'étudiants en médecine. Elle a également externalisé des tâches, comme la maintenance de certains véhicules ou la surveillance de bâtiments confiées auparavant à des bidasses.

Par ailleurs, aujourd'hui, l'Armée n'a aucun mal à recruter environ 16.000 personnes par an, comme le remarquait en octobre le député PS Jean Launay, rapporteur des crédits de la DéfenseQue pourraient faire les militaires de 250.000 à 300.000 nouveaux conscrits ? Elle ne disposerait plus d'assez de sous-officiers pour les encadrer et les former. 

D'autant que dans le même temps, la Défense a vendu une partie de son patrimoine immobilier pour abonder son budget. Il n'y aurait plus assez de casernes pour accueillir les appelés. C'est ainsi qu'une dizaine de bases aériennes sur 42 a été fermée. Autre difficulté : rétablir un service militaire obligerait à incorporer aussi bien des filles que des garçons pour respecter le principe d'égalité entre les sexes. Ce qui n'était pas le cas avant 1996. Il faudrait donc prévoir des hébergements adaptés, ce qui renchérirait les coûts. 

Hollande veut généraliser le service civique

A défaut d'un retour du service militaire obligatoire, François Hollande souhaite développer le service civiqueCréé en 2010, ce service consiste en une mission d'intérêt général de 6 à 12 mois dans une collectivité publique ou une association, rémunérée 573 euros par mois. Il concerne aujourd'hui 35.000 jeunes de moins de 26 ans. Pour l'Etat, le coût actuel est de 150 millions d'euros par an.

"Le service civique est une belle idée. Il doit devenir universel. Il sera proposé à tous les jeunes français qui en feront la demande", a-t-il expliqué le 14 janvier sur le Charles-de-Gaulle, réaffirmant ainsi ce qu'il avait évoqué lors des voeux du 31 décembre. Le chef de l'Etat a même fixé comme objectif 150.000 candidats en 2017. 

Sauf qu'il paraît bien difficile de trouver 100.000 missions véritablement utiles à proposer aux jeunes. D'autant que le chef de l'Etat prône un service universel mais.... quasiment pas rémunéré ! Avis aux amateurs. Les mauvaises langues pourront également dire que ce service civique constitue une forme déguisée de "traitement social" du chômage des jeunes... 

CE QUE COUTAIT UN APPELE DU CONTINGENT IL Y A 20 ANS

En moyenne, l'Etat dépensait pour chaque conscrit  7.895 euros par an dont... 

> 2.134 euros de solde

> 1.448 euros d'alimentation

> 991 euros de transport

> 884 euros d'hébergement

> 686 euros d'habillement

> 579 euros de gestion administrative des appelés

> 457 euros d'instruction

> 259 euros de protection sociale

Chiffres 1996. Source : rapport sur le "service civil" de Luc Ferry, 2008

Patrick Coquidé