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La Grèce met la pression à Angela Merkel et écarte le FMI

Le ministre d'Etat Nikos Pappas appelle à se passer du FMI pour la future assistance financière à la Grèce, tandis que le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, appelle la chancelière allemande à "entrer dans un accord honorable" avec Athènes.

Le ministre d'Etat Nikos Pappas appelle à se passer du FMI pour la future assistance financière à la Grèce, tandis que le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, appelle la chancelière allemande à "entrer dans un accord honorable" avec Athènes. - PHILIPPE HUGUEN - AFP

Pendant qu'Alexis Tsipras téléphone à ses partenaires européens pour préparer le sommet crucial de lundi, ses ministres se répandent dans la presse, critiquant le FMI et mettant la pression à la chancelière allemande.

Peu de repos pour les dirigeants européens ce week-end. Les tractations vont bon train pour préparer le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union dédié à la Grèce qui se tient lundi à Bruxelles. Ce dimanche, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a présenté les propositions grecques "en vue d'un accord bénéfique mutuel" lors d'entretiens téléphoniques avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, ont indiqué ses services dans un communiqué.

Selon ce communiqué, cet accord "doit apporter une solution définitive et non provisoire" à la question grecque, sans préciser si les propositions faites sont nouvelles, comme le souhaitaient les créanciers de la Grèce (UE, BCE, FMI).

Le programme d'aide à la Grèce, qui a prévu 240 milliards d'euros de prêts en échange d'une austérité drastique et de réformes, arrive à échéance fin juin s'agissant de l'UE et en mars 2016 s'agissant du FMI. La Grèce et ses créanciers qui cherchent depuis neuf mois un accord sur le versement d'une tranche de prêts de ce programme, soit 7,2 milliards d'euros, ont commencé à discuter d'une extension de plusieurs mois du plan d'assistance européen.

L'accord "ne peut pas être de courte durée

Pour le gouvernement grec, cette prolongation devrait se faire sous la forme d'un plan de reprise économique, et non d'austérité, et devrait être combinée avec un allègement de dette. "L'accord doit présenter des dispositions et une durée telles qu'il recrée de la confiance. Il ne peut pas être de courte durée et entretenir l'incertitude", affirme Nikos Pappas, ministre d'Etat grec et partie prenante des négociations avec les créanciers d'Athènes.

Dans le journal Ethnos de ce 21 juin, Nikos Pappas énumère les trois axes de l'accord souhaité par la Grèce: échange des 27 milliards d'obligations grecques détenues par la BCE, dont une partie arrive à échéance cet été, via le Mécanisme européen de stabilité (MES, dispositif de gestion des crises financières de la zone euro) afin de donner de l'air aux finances grecques; programme de développement économique pour la période 2016-2021; et restructuration de la dette due au FMI.

Le FMI ne devrait pas être en Europe

A ce propos, la Grèce veut s'affranchir du Fonds monétaire international. Athènes ne veut plus que l'institution de Washington participe à son assistance financière, aux côtés de l'UE et de la BCE, a indiqué Nikos Pappas. "Je suis de ceux qui pensent que le FMI ne devrait pas être en Europe. J'espère que nous trouverons une solution sans sa participation", a déclaré ce proche du Premier ministre Alexis Tsipras au journal Ethnos. Il estime que l'Europe "n'a pas besoin" du FMI, qui a un "agenda unilatéral et pas du tout européen" et qu'elle "peut continuer sans lui et son argent".

L'institution dirigée par Christine Lagarde a été appelée à la rescousse de la Grèce fin 2009 et s'est associé aux institutions européennes pour mettre sur pied un plan d'assistance financière au pays privé d'accès aux marchés d'emprunts en raison de son énorme dette publique. Des différences d'approche entre le FMI et l'UE ont régulièrement été mises en avant.

Merkel "devant un choix décisif"

Depuis l'arrivée au pouvoir du Premier ministre d'extrême gauche Alexis Tsipras en Grèce début 2015, le pays réclame des négociations directes avec ses partenaires européens. Athènes rejette les techniciens de la Troïka (les représentants des créanciers d'Athènes). C'est dans ce cadre que le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a mis la pression sur la chancelière allemande Angela Merkel, dimanche.

Il a estimé qu'elle "se tient devant un choix décisif lundi" lors du sommet européen exceptionnel sur la Grèce, selon une tribune dans la presse allemande. Angela Merkel peut "entrer dans un accord honorable avec un gouvernement qui a refusé le 'programme de sauvetage' et aspire à une solution négociée. Ou bien céder aux sirènes de son gouvernement, qui l'encouragent à jeter par-dessus bord le seul gouvernement grec qui est fidèle à ses principes et qui peut mener le peuple grec sur le chemin de la réforme", écrit Yanis Varoufakis dans une tribune parue dans le journal allemand Franfurter Allgemeine Zeitung, ce dimanche.

La Grèce n'acceptera pas de nouvelles dettes

Le temps presse désormais pour la Grèce. Le pays pourrait être en défaut de paiement fin juin, et les retraits bancaires se multiplient en Grèce, faisant craindre une panique bancaire. "Désormais, tout dépend du sommet européen exceptionnel de lundi", insiste dans sa tribune le ministre. Une façon de renvoyer la balle à Angela Merkel, qui a estimé vendredi que le rendez-vous risquait d'être juste "consultatif", sans concessions grecques permettant de jeter les bases d'un nouvel accord.

"Nous de notre côté, viendrons à Bruxelles avec l'intention de parvenir à un nouveau compromis, tant que l'on ne nous demande pas de faire ce qu'ont fait les gouvernements précédents: accepter des nouvelles dettes à des conditions qui laissent peu d'espoir que la Grèce remboursera", ajoute Yanis Varoufakis, sans préciser les points de compromis possibles.

Nina Godart avec AFP